Abbé Pierre, les 100 ans d'une "conscience"

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Abbé Pierre, les 100 ans d'une "conscience"
L'abbé Pierre, né Henri Grouès en 1912, est décédé le 22 janvier 2007.
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Le défenseur des mal-logés aurait été centenaire dimanche 5 août. Hommages.  

L'abbé Pierre aurait eu 100 ans dimanche. Un anniversaire qui permet de remettre sur le devant de la scène publique celui qui fut longtemps la personnalité préférée des Français. "Je salue la mémoire d'un homme exceptionnel, qui a consacré sa vie à aider les plus pauvres et les plus fragiles", a ainsi déclaré le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui s'est associé dimanche à une cérémonie d'hommage en Seine-Maritime.

"L'abbé Pierre, né Henri Grouès en 1912, reste une conscience pour beaucoup. Notre société a besoin de telles personnes, pour éviter de s'enfermer dans l'individualisme", insiste Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, qui lui dresse un élogieux portrait, comme tous ceux l'ayant côtoyé.

"Mes amis aidez-moi, une femme vient de mourir gelée"

Si le fondateur des chiffonniers d'Emmaüs (devenus ensuite les communautés d'Emmaüs), sa barbe et sa capeline noire, restent présents dans les esprits, c'est notamment pour son appel du 1er février 1954 sur les ondes de Radio Luxembourg, qui marque le début de sa notoriété et de son combat: "Mes amis aidez-moi, une femme vient de mourir gelée cette nuit à 03h".

Décédé le 22 janvier 2007, l'abbé est toujours une référence pour le grand public, et encore plus pour les membres des 116 communautés Emmaüs, dont beaucoup de Compagnons ont des anecdotes sur leur rencontre avec lui et où "son portrait est partout", explique Christophe Deltombe, président d'Emmaüs France.

Mais du côté des pouvoirs publics, "son message a été oublié", regrette Patrick Doutreligne, "on est rentré dans une logique purement économique, où les loyers et les charges locatives ont explosé". "Le problème du logement a été piétiné. Il y a un déficit évident en matière d'hébergement, et malgré quelques efforts, l'exclusion s'est accrue", résume Christophe Deltombe.

» Lire sur ce sujet : "logement, la feuille de route de Duflot"

"L'abbé Pierre me disait toujours: 'est-ce que je n'ai pas travaillé pour rien?'", raconte Patrick Doutreligne, certain cependant que "la situation serait pire si on ne l'avait pas eu".

3,6 millions de mal-logés en France

"Indigné avant le mouvement des Indignés", le fondateur d'Emmaüs, célèbre pour ses "coups de gueule", était un véritable "aiguillon" pour les pouvoirs publics, rappelle Patrick Doutreligne. "Notre objectif est de continuer à interpeller et à montrer ce qui ne va pas", ajoute le président de la Fondation Abbé Pierre, dont le dernier "Rapport annuel sur le mal-logement" en février tirait la sonnette d'alarme sur les 3,6 millions de mal-logés.

Dernier coup d'éclat médiatique, l'ancien footballeur Eric Cantona, parrain de la Fondation, s'est lancé dans la course aux parrainages pour l'élection présidentielle, afin de placer la question du mal-logement sous les projecteurs.

"On garde à l'esprit son slogan: la misère ça ne se gère pas, ça se combat", ajoute Christophe Deltombe. Outre le mal-logement, Emmaüs se bat pour les sans-papiers, les détenus sortant de prison, les familles endettées, le développement durable ou contre les expulsions locatives.

"Une facilité à ne jamais se contenter"

L'abbé Pierre est notamment à l'origine de la loi contre les expulsions locatives hivernales, promulguée en 1998, et de la loi sur le Droit au logement opposable (DALO), votée un an après sa mort.

» Lire notre analyse détaillée : "DALO, l’État doit faire beaucoup plus"

Cette dernière "a créé une obligation pour le gouvernement", souligne Christophe Deltombe, mais "les résultats sont très en dessous des espérances", ajoute Patrick Doutreligne.

"Le problème n'est pas d'accéder à un droit, mais à un logement", insiste-t-il, estimant que "l'abbé Pierre aurait encore de bonnes raisons de pousser des coups de gueule".

"Il avait une facilité à ne jamais se contenter. C'était parfois décourageant, mais il avait raison, c'est le vrai moteur. Tant qu'il y aura plus de trois millions de mal-logés, on n'a pas le droit de s'en contenter".