A 13 ans, il avait poignardé sa prof

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A 13 ans, il avait poignardé sa prof
@ BERTRAND BECHARD/MAXPPP
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Ce collégien a été condamné à une peine de cinq ans de prison, dont deux ferme mardi.

La défense souhaitait éviter tout amalgame. Alors que plusieurs professeurs ont été agressés à la rentrée, un collégien de la banlieue toulousaine a été jugé pour avoir poignardé sa professeure en mai 2009. Après douze heures d'audience à huis clos, le tribunal des enfants l'a condamné mardi à cinq ans de prison dont deux ans ferme et trois ans de sursis avec mise à l'épreuve.

Des séquelles physiques et psychologiques

Le drame avait fortement choqué la communauté éducative. Le 15 mai 2009, au collège François-Mitterrand de Fenouillet, au nord de Toulouse, l'élève de 5ème avait planté un couteau dans la poitrine de sa professeure de mathématiques, qui avait été grièvement blessée. L'adolescent venait de se voir infliger une "consignation", c'est-à-dire l'obligation de réaliser sous surveillance un travail qu'il n'avait pas fait. L'élève avait alors eu peur que son père ne l'apprenne.

"Le seul moyen qu'il a trouvé à cette époque là pour éviter ça, ça a été d'essayer de la tuer", a raconté Me Emmanuel Tricoire, l'autre avocat du jeune garçon. De son côté, la victime, âgée de 38 ans aujourd'hui, ne comprend toujours pas ce qui a pu se passer. "L'instruction n'a pas permis de donner de réponse" sur les raisons de son geste, a regretté Me Denis Benayoun, conseil de l'enseignante. Cette femme enseigne à nouveau mais garde des séquelles à la fois physiques et psychologiques.

Vers un aménagement de peine

Le procès pour tentative d'homicide a débuté lundi après-midi, mais le réquisitoire n'est tombé qu'après minuit mardi, à l'issue des plaidoiries de la défense, le jugement a été rendu après 3 heures du matin. Le tribunal a prononcé une peine de prison ferme "pour marquer le coup d'un acte particulièrement grave", mais a "ouvert la porte" en fixant dès le 6 novembre l'audience d'aménagement de la peine.

L'ado a déjà passé un an dans un centre fermé avant de rejoindre depuis deux ans et demi un foyer doté d'une équipe renforcée d'éducateurs. L'aménagement de peine du jeune garçon lui permettrait de "poursuivre les progrès réalisés, dans la logique de l'obligation de soins renforcée prévue par les trois ans de mise à l'épreuve décidés par le tribunal", défend l'avocat de l'adolescent.  Me Boguet s'interroge désormais "sur l'opportunité de faire appel".

"En dehors du réel"

Le drame avait fait grand bruit, l'ancien ministre de l'Education Xavier Darcos parlant même alors d'installer des portiques de détection de métaux devant certains établissements. La défense a de son côté souligné à l'audience qu'il ne s'agissait pas du procès de "l'enfance délinquante" mais de "la dérive personnelle d'un jeune garçon" qui n'avait jamais été repéré comme un enfant à problèmes.

Pour l'expert-psychiatre, Daniel Ajzenberg, à 13 ans, "on est en dehors du réel, on ne se rend pas compte de la gravité de ses actes". "Le garçon a une famille apparemment positive, il n'avait pas de trouble particulier . Le passage à l'acte est étonnant. Mais c'est un sujet à la personnalité très fragile, qui n'a pas de mots pour le dire et qui va traduire ses angoisses par le corps", a-t-il décrypté, après avoir exposé son analyse au tribunal.