72 radars pas si "pièges" que ça

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72 radars pas si "pièges" que ça
Selon 40 millions d'automobilistes, 72 radars en France seraient "piégeux"
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DÉCRYPTAGE - Les conclusions de l'audit de 40 millions d'automobilistes sont-elles pertinentes?

L'association 40 millions d'automobilistes a voulu frapper un grand coup lundi matin en publiant une enquête révélant les "pièges", selon ses propres termes, tendus par 72 radars fixes disséminés sur le territoire. Le lobby base son enquête sur 67.000 témoignages d'automobilistes recueillis dans le cadre d'une opération "raconte-moi ton radar", et destinée à être remise au ministre de l'Intérieur Manuel Valls. Guillaume Biet, spécialiste police/justice à Europe 1 décrypte pour nous cette étude, dont il convient, explique-t-il, de nuancer les conclusions.

Ce n'est pas une étude scientifique.  La principale faiblesse de cette enquête réside dans son principe même : un audit participatif. Ce n'est pas une étude "scientifique" réalisée sur le terrain avec des critères et une évaluation précise de la situation. Il s'agit uniquement d'un recueil de témoignages qui n'ont pas plus de valeur que ce qu'ils portent. C'est l'avis de tout un chacun et l'on ne peut pas en tirer de constat ou de déduction.

72 radars, ce n'est que 3% du parc total. Au total, l'audit pointe 72 appareils qui reposent sur 10 "pièges". Ce ne sont toujours que 72 sur les 2.172 radars fixes en France. Cela représente à peine plus 3% du parc. On est donc face à un problème potentiellement marginal, eu égard à l'écho que trouve cette publication.

La liste des radars de 40 millions d'automobilistes.

© CAPTIRE 40 MILLIONS D'AUTOMOBILISTES

Les radars fixes sont toujours signalés. Parmi les autres "pièges" tendus "délibérément" aux automobilistes figurent, selon l'association, des radars "invisibles" car "cachés" derrière un pont, un arbre ou un buisson. Il ne faut cependant pas oublier qu'aujourd'hui, tous les radars sont signalés. Soit par un panneau, comme au début de la mise en place de ce type de radars, soit par un radar pédagogique.  Ainsi, même si le radar en lui-même n'est visible qu'au dernier moment on ne peut donc pas vraiment parler de piège.

radars signalisation

© MaxPPP

C'est la préfecture qui positionne les radars. Enfin les automobilistes témoignent dans l'audit que le nombre de radars implantés en fin de descente ou dans une zone à "vitesse abaissée", "incohérente" ou difficilement "respectable" est impressionnant. Cependant, pour chaque département, c'est la préfecture qui fixe les vitesses et qui positionne les radars. Si une route est limitée à 110 km/h puis à 90km/h pendant une grande descente, on peut facilement imaginer que c'est parce qu'il y aurait un danger de descendre cette pente à 110 km/h.

Le radar ou la vitesse ? Cet audit est en réalité davantage une remise en question des critères de limitation de vitesse. Ce n'est pas le radar qui est en cause mais la limitation qui a été décrétée. Le radar est seulement utilisé pour faire respecter cette limite. C'est d'ailleurs ce qui est énoncé dès la conclusion de l'avant-propos de l'audit : "pour qu'une règle soit respectée, elle doit être acceptée. Pour qu'une vitesse soit respectée, elle doit être respectable".