Bébé secoué : 10 ans de prison pour une nourrice

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Bébé secoué : 10 ans de prison pour une nourrice
@ DIDIER PALLAGES / AFP
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Une nourrice a été condamnée à dix ans d'emprisonnement par les assises des Yvelines. Ivre, elle avait secoué un bébé, entraînant un handicap irréversible chez l'enfant. 

L'info. Une nourrice de 45 ans a été condamnée à dix ans d'emprisonnement vendredi par les assises des Yvelines qui l'ont reconnue coupable d'avoir maltraité et secoué un bébé, lui occasionnant un handicap irréversible, alors qu'elle était ivre. La peine, conforme aux réquisitions de l'avocate générale, est assortie d'un suivi socio-judiciaire de cinq ans et d'une obligation de soins. La cour a également prononcé contre Géraldine L.G. l'interdiction définitive d'exercer le métier de garde d'enfants ainsi que toute activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs.

Le bébé dans le coma. Elle devra également s'abstenir d'entrer en contact avec l'enfant, ses parents et sa soeur aînée. Le 3 mars 2010, alertés par un appel de la nounou, les parents s'étaient précipités à son domicile et avaient découvert leur nourrisson de 5 mois et demi blessé au visage et au bras, inconscient. Évacué à l'hôpital dans le coma, le bébé présentait de multiples lésions: fractures du crâne, hémorragies intracrâniennes, hématomes au visage et sur le cuir chevelu, fracture au coude, traces de morsures récentes.Victime du syndrome du bébé secoué, l'enfant, aujourd'hui âgé de 5 ans, est handicapé à plus de 50% et son état n'est pas encore consolidé.

Des expertises avaient démontré que Mme Le Gusquet était ivre (1,35g d'alcool par litre de sang). A l'audience, elle a maintenu avoir secoué le bébé pour le "réveiller", après qu'il fut tombé de la table à langer sur laquelle elle l'avait jeté.

"Je ne me pardonnerai jamais". Lors du procès, Géraldine L.G. a reconnu avoir bu plusieurs verres de vin cuit le matin du 30 mars 2010. Hors d'elle, elle a manipulé violemment l'enfant, jusqu'à le jeter sur sa table à langer, dont il est tombé, se cognant la tête dans sa chute. "Je l'ai secoué après qu'il soit tombé. Il paraissait sonné, j'ai eu très très peur", s'est-elle souvenue vendredi matin. Ses derniers mots, avant que la cour se retire pour délibérer, ont été prononcés entre deux sanglots : "toutes mes excuses ne pourront jamais être entendues ni par l'enfant ni par sa famille. Ils ne me pardonneront jamais, comme moi je ne me pardonnerai jamais".

"Le responsable, c'est bien l'accusée. Pas le bébé que ses proches ont qualifié de 'petit gueulard', pas plus que les parents, dont ils ont pu dire qu'ils n'étaient pas très responsables, (...) ou l'alcool qui ne peut en aucun cas être une excuse", avait requis un peu plus tôt l'avocate générale Sophie Galy-Dejean.

La magistrate avait demandé aux jurés de "tenir compte de la personnalité complexe de l'accusée, du chemin qu'elle a déjà parcouru mais aussi du dommage éternel fait à la famille de la victime". Pour la défense, "si elle en est arrivée là, c'est à cause de son parcours de vie", marqué par la dépression, l'alcoolisme et les agressions sexuelles qu'elle raconte avoir subies. Me Sophie Domingos est longuement revenue sur le portrait de la petite quadragénaire apprêtée, à l'allure bienveillante, qui s'est dessiné au fil de l'audience. Celui d'une femme "obnubilée par l'image qu'elle souhaitait donner d'elle-même, celle d'une mère parfaite". Une femme qui a caché à son entourage l'ampleur de ses difficultés psychologiques puis s'est cachée pour boire. Une femme qui n'a pas pu admettre qu'elle n'arrivait pas à s'occuper du bébé et qui s'est entêtée dans le déni plutôt que de demander de l'aide.

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