Un tract dénonce un pédophile présumé

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Un tract dénonce un pédophile présumé
Un tract dénonçant "un pédophile présumé" a provoqué de vives réactions chez les habitants de Ferney-Voltaire, dans l'Ain.@ MaxPPP
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Diffusé dans les boîtes aux lettres d'une commune de l’Ain, ce document anonyme sème l'émoi.

Un tract anonyme dénonçant la présence d'un "pédophile" présumé suscite l'émoi à Ferney-Voltaire, dans l’Ain. Diffusé dans la nuit de mercredi à jeudi dans les boîtes aux lettres des habitants, ce document mentionne l'adresse d’un "pédophile en série" présumé qui vit chez sa mère, installée sur cette commune, située à quelques kilomètres de Genève.

Le tract appelle les habitants de Ferney-Voltaire à se mobiliser contre "un pédophile en série en liberté" qui "a sévi durant près de quinze ans" et "a reconnu avoir commis une soixantaine d'actes à caractère sexuel" sur "des fillettes âgées de 6 à 11 ans". L’homme visé par cette délation a été récemment remis en liberté provisoire par la justice suisse, qui le poursuit notamment pour exhibition sexuelle.

"Des pratiques un peu surannées"

Des habitants ayant reçu ce tract "sont venus insulter la mère" de ce père de famille, une octogénaire, a indiqué la police. Cette femme a déposé plainte jeudi. Dans les rues de Ferney-Voltaire, le tract a provoqué de vives réactions. "C'est assez surprenant de voir que, même à proximité d'une école, il peut y avoir une personne mise en liberté sans surveillance ou sans traitement médical", témoigne Virginie, une habitante de la commune, au micro d'Europe 1. "J'ai peur, très, très peur", renchérit Maria, une mère de famille du quartier. "Même quand je sors pour aller travailler, j'ai peur.

Emmanuel Fevre, le commandant de la compagnie de gendarmerie de Gex, dénonce "des pratiques un peu surannées qui entretiennent inutilement une psychose". Soupçonné de faits "relevant plutôt de l'exhibition sexuelle" sur les territoires français et suisse, cet homme "n'a jamais enlevé ou touché un enfant" et bénéficie de la "présomption d'innocence", a-t-il ajouté.

L’un des avocats des familles des petites victimes de l’agresseur sexuel présumé, Karim Raho, assure que les personnes qu'ils représentent ne cautionnent pas la démarche. "Mes clients n’adhèrent pas du tout à ce genre de pratiques", affirme-t-il à Europe 1. "Ils étaient certes émus par cette remise en liberté, ce qui est compréhensible parce que nous avons ici des personnes qui ont subi des actes quand même douloureux. Mais ils n’iraient jamais jusqu’à adopter ce genre de comportement."

Une enquête ouverte pour retrouver les auteurs du tract

La justice française n'a "aucune possibilité d'intervenir concernant cette personne", seules les autorités judiciaires genevoises étant compétentes, répond le procureur de la République de Bourg-en-Bresse, Marie-Christine Tarrare.

Une enquête a été ouverte pour tenter de retrouver les auteurs du tract. Selon le commandant Fevre, l'action de ces citoyens est "pénalement répréhensible", car "les habitants n'ont pas à se substituer à l'institution judiciaire".