Un joueur se suicide, le buraliste sanctionné

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Un joueur se suicide, le buraliste sanctionné
Un buraliste s'est vu retirer son agrément par la Française des jeux après le suicide d'un de ses clients.@ MAXPPP
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La Française des jeux estime que le buraliste était conscient des dangers qui menaçaient son client.

Un buraliste peut-il être responsable du suicide d'un joueur "boulimique" ? C'est du moins ce que semble estimer la Française des jeux. En juillet dernier, un buraliste de Trie-Château, dans l'Oise, s'est en effet vu retirer son agrément par la FDJ. Depuis le suicide du jeune homme de 23 ans, il n'a donc plus le droit de commercialiser les jeux de l'organisme.

"Je l'ai pris à part deux, trois fois"

La Française des jeux accuse ainsi le buraliste d'avoir encouragé son client à jouer davantage. Entre avril et mai dernier, le joueur compulsif misait plus de 16.000 euros par semaine. En juillet dernier, criblé de dettes, l'homme s'était jeté d'un pont. La FDJ affirme que son dépositaire était même informé des dangers du jeu excessif et qu'il n'aurait pas dû encaisser les chèques du joueur.

Le buraliste répond pour sa part "n'avoir en aucun cas incité qui que ce soit, surtout pas lui, il n'avait pas besoin de ça". Le gérant du tabac assure même au micro de RTL avoir alerté son client à plusieurs reprises, des dangers des jeux de hasard. "Je l'ai pris à part deux ou trois fois dans mon bar en lui disant qu'il ne devrait pas jouer autant, mais il me répondait : 'oui, mais je gagne'".

"L'ensemble du système qu'il faut incriminer"

La Française des jeux assure pourtant que le buraliste a reçu une formation pour gérer ce type de client à risques. De son côté, Me Daniel Richard, l'avocat du buraliste, nie toute formation de son client et pointe du doigt la responsabilité de la FDJ. "Dans ces courriers, la FDJ parle de personnes vulnérables, fragiles, sauf que mon client n'a reçu aucune formation pour avoir tel ou tel comportement vis-à-vis de ces personnes", indique l'avocat contacté par Europe1.fr.

Ce dernier dénonce également l'hypocrisie de la FDJ dans ce dossier. "A aucun moment, il n'a reçu de mise en garde. Tant que la Française des jeux encaissait, ils n'y voyaient aucun mal. Ce n'est pas du tout lui qui a pu pousser ce jeune home à mettre fin à ses jours, mais c'est l'ensemble du système qu'il faut incriminer", estime Me Daniel Richard.

Selon lui, son client s'est fait retirer son agrément sans aucun motif valable. Résultat pour le buraliste : moins 35% de chiffre d'affaires et l'incompréhension de ses autres clients. Ce dernier a donc décidé d'assigner la Française des Jeux devant le tribunal de commerce de Nanterre pour rupture abusive de contrat. L'audience est fixée au 22 novembre.