Tirs dans le Thalys : la sécurité dans les trains en question

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Tirs dans le Thalys : la sécurité dans les trains en question
@ JACQUES DEMARTHON/AFP
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ZOOM - L'attaque déjouée d'un homme armé à bord d'un Thalys pose la question de la sécurité dans les gares et trains. La SNCF a annoncé la mise en place d'un numéro spécial.

Manuel Valls a annoncé samedi que la SNCF allait mettre en place, après les tirs dans un Thalys, "un numéro national de signalement des situations anormales" dans les gares et les trains. Mais la sécurité dans les trains reste difficile à assurer : sans aucun contrôle à quai, le tireur a pu entrer dans le Thalys muni d'un véritable arsenal. En effet, il semble peu probable que les gares, qui accueillent un flux de personnes 20 fois supérieur à celui des aéroports, s'équipent elles aussi de contrôles de sécurité systématiques.

Les gares, des lieux surveillés mais sans contrôle des bagages. En France, gendarmes et militaires arpentent les quelque 3.000 gares, arme à la main. C'est également le cas en Grande-Bretagne, où des membres de la British Transport Police (BTP) sont présents dans les grandes gares, souvent armés. Mais nos voisins d'Outre-Manche ne subissent pas non plus de contrôle des bagages avant d'embarquer à bord d'un train.

Même chose en Suisse, ou encore en Allemagne où la police fédérale a conclu en 2000 avec la Deutsche Bahn un accord prévoyant des échanges d'informations et de vidéo-surveillance, ainsi que des actions de prévention. Les gares italiennes, connues pour leur désorganisation, soumettent les passagers, depuis le 1er mai et au départ de certaines grandes gares, à des contrôles de sécurité avant d'embarquer.

Arras AFP 1280

Des policiers en gare d'Arras, le 21 août.


L'Eurostar et certains espagnols font figure d'exception. Seule l'Espagne, profondément marquée par les attentats du 11 mars 2004 à Madrid qui avaient fait 191 morts et près de 1.900 blessés dans quatre trains de banlieue, contrôle les bagages des passagers des trains longue distance, a expliqué l'établissement public espagnol chargé de gérer le réseau ferroviaire et la sécurité dans les gares, Administrador de infraestructuras ferroviarias (ADIF).

Eurostar, filiale de la SNCF qui relie la Grande-Bretagne à la France, demande également à ses passagers d'arriver plus d'une demi-heure avant le départ du train, et leur fait passer un contrôle de sécurité comme à l'aéroport. Mais cela est dû, d'une part, aux contrôles d'identité effectués pour entrer au Royaume-Uni, qui ne fait pas partie de l'espace Schengen, et aux mesures de sécurité nécessaires avant d'emprunter le tunnel sous la Manche.

Un contrôle renforcé difficile à mettre en place. "Les gares sont des lieux extrêmement compliqués à gérer", car elles sont "anciennes, beaucoup plus ouvertes" que les aéroports, explique Marc Ivaldi, chercheur à l'Institut d'économie industrielle de Toulouse. Sécuriser l'ensemble des gares? "A très court terme, c'est strictement impossible", juge-t-il, estimant que le coût serait astronomique. En effet, aux dépenses liées à l'installation de barrières et autres portiques s'ajouterait celles induites par le personnel indispensable pour que les voyageurs ne fassent pas la queue pendant des heures avant d'embarquer. Marc Ivaldi estime pourtant qu'"on ne peut pas faire autrement que de sécuriser les Thalys, et un certain nombre de TGV".

En attendant, un numéro spécial à appeler. A court terme, les autorités doivent donc explorer d'autres possibilités. Manuel Valls a ainsi  annoncé samedi que la SNCF allait, après les tirs dans un Thalys, "mettre en place un numéro national de signalement des situations anormales" dans les gares et les trains.
La SNCF va par ailleurs "renforcer le nombre et la visibilité des messages de vigilance dans les gares", a indiqué dans un communiqué le Premier ministre, qui s'est entretenu dans la journée avec le président de la SNCF, Guillaume Pépy.

Ce dernier a par ailleurs annoncé samedi qu'il allait rencontrer dans les jours prochains l'acteur Jean-Hugues Anglade, qui était passager du Thalys dans lequel s'est déroulée l'attaque armée et qui a dénoncé le comportement des agents du train. "J'ai proposé de rencontrer M. Anglade, qui a dit oui", a déclaré le patron de la compagnie ferroviaire: "Je comprends l'émotion, les témoignages, mais pour pouvoir conclure, il faut se donner le temps d'entendre tout le monde".

Et bientôt une commission d'enquête parlementaire ? Luc Carvounas, un élu proche de Manuel Valls, a plaidé samedi pour la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire au Sénat pour faire la lumière sur cette affaire et identifier les moyens d'améliorer la sécurité dans les trains.



"Après l'attentat, nous devons sécuriser les voyageurs à bord de chaque train comme pour les vols aériens quel que soit le coût", a ajouté le sénateur-maire PS d'Alfortville, dans le Val-de-Marne, toujours sur Twitter.