TGV : la théorie du "clip" se confirme

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TGV : la théorie du "clip" se confirme
@ MAX PPP
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Les jeunes arrêtés après l'attaque à Marseille disent avoir assisté au tournage d'un clip de rap.

Les faits. Une quarantaine de jeunes ont contraint un TGV à l'arrêt samedi alors que celui-ci repartait de Marseille à destination de Nice et ont tenté de monter à bord avant de prendre la fuite à l'arrivée de la police. L'attaque a eu lieu à proximité de la cité Air Bel, dans le 11e arrondissement de Marseille. Il n'y a eu ni blessés, ni tentative de vol, selon les premiers éléments de l'enquête. Mais la préméditation a été retenue : les jeunes auraient dérobé, quelques jours plus tôt, des "pétards d'arrêt" pour s'assurer du succès de l'opération.

La théorie du "clip de rap". La scène a été filmée à la fois par des passagers inquiets... mais aussi par les assaillants, avec du matériel professionnel. Les individus interpellés ont eux-mêmes évoqué le tournage d'"un clip de rap" pour le compte du collectif 11.43 pour expliquer leur attitude, selon une source proche de l'enquête. "On continue les confrontations et auditions. Il en ressort que leur objectif était de faire du buzz sur Internet, pas de voler le train", a précisé la même source. On peut "s’amuser oui, mais pas en violant la loi", a tenu à mettre au point le procureur, lors d'une conférence de presse lundi.

Même son de cloche du côté du préfet de police de Marseille, Jean-Paul Bonnetain : ces jeunes ont besoin "d'un rappel à l'ordre". "Ils ont dit qu'il s'agissait de quelque chose de festif... venant d'un groupe dont la dénomination n'est pas neutre quand on s'appelle 11.43 (comme le calibre d'arme, ndlr). Donc, il y a cette banalisation du quotidien dans les mots, les attitudes, les gestes, les actes. Pour eux, ont va faire des images, on va être sur Internet et on ne prend pas conscience des conséquences", déplore le préfet de police au micro d'Europe 1.

Des témoins confirment. "Quand je les ai vu sortir et approcher du train, j'ai tout de suite pensé à un tournage. Il y avait quelqu'un qui filmait, avec une caméra qui semblait pro. Le vidéaste semblait tout diriger", raconte encore Laurent, un passager, dans les colonnes de Nice Matin. "On les a vus prendre la pose devant la caméra, dos au train, comme des chasseurs devant leur trophée. Ils ont commencé à taper sur le train pour s'amuser, ils voulaient voir s'ils étaient capables d'arrêter un train, ils rigolaient et se prenaient en photo", ajoute-t-il.

Des jeunes s'invitent au tournage. L'un des rappeurs de la cité Air Bel, Kofs, membre du collectif 11.43, s'est quant à lui défendu d'avoir participé à une "attaque". "On faisait un clip en début d'après-midi à côté des jeunes, explique Kofs. Ces jeunes sont montés sur les rails des trains. Mais on a n'a rien à voir avec tout ça", a-t-il témoigné sur BFM. Le producteur a d'ailleurs confirmé cette version des faits. "Nous, on était montés dans la cité avec l'artiste MOH, il devait faire un clip. Et il y avait beaucoup de monde. Nous, on invite le monde pour faire passer le message que dans nos quartiers il y a des choses positives", a-t-il expliqué.

Le producteur "dépassé" par les événements. Le producteur a, lui, reconnu avoir été "dépassé" par les événements. "Il y a quelques individus qui ont créé un truc auquel on ne s'attendait pas. On n'a pas demandé à qui que ce soit d'arrêter le TGV ou de faire quoi que ce soit d'interdit au niveau de la SNCF", a insisté Zam, qui estime cependant que "chacun va devoir assumer ses actes". Zam assure également qu'il a pourtant bien tenté de calmer le jeu. En vain. "Tout le monde a essayé de calmer, tous les gens qui sont responsables disaient 'oh les petits, c'est pas comme ça'. Mais quand il y a un effet de masse, il y en a certains qui se sentent plus forts, plus grands, pourtant c'était des enfants", a-t-il commenté.

Où en est l'enquête ? Huit personnes, dont quatre mineurs, âgées de 13 ans et demi à 36 ans, ont été mises en examen lundi soir et remises en liberté sous contrôle judiciaire, en attendant leur prochaine convocation devant un tribunal correctionnel ou un tribunal pour enfants. Elles ont été mises en examen pour vol en réunion, dégradation volontaire d'un bien d'utilité publique en réunion, entrave à la circulation ferroviaire et participation à un attroupement en vue de commettre une dégradation. Certains sont déjà connus des services de police pour des faits de petite délinquance.