Ripoux : "Marseille, c'est du jamais vu"

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Ripoux : "Marseille, c'est du jamais vu"
Nicolas Comte, secrétaire général d’UNITÉ SGP Police@ MAXPPP
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LE POINT DE VUE DE - Le syndicaliste Nicolas Comte revient sur une série noire pour la police.

Que se passe-t-il derrière la porte des commissariats ? L'affaire qui ébranle la Bac des quartiers Nord de Marseille, vient s'ajouter à une série d'événements qui ont secoué la police nationale depuis un an et l'arrestation du commissaire Neyret en septembre 2011.

Michel Neyret, le "superflic" déchu. En 2011, le n°2 de la PJ lyonnaise est mis en examen notamment pour corruption. Il est révoqué.

La douane "voleuse" de Roissy. Sept douaniers sont mis en examen en juin dernier pour vol en bande organisée et blanchiment.

L'autre affaire lyonnaise.Sept policiers lyonnais sont mis en examen en septembre pour corruption passive.

La Bac des quartiers Nord. Dernière affaire en date, treize policiers de la Bac sont interpellés pour des soupçons de rackets de dealers.

>> Simple loi des séries ou réelles dérives ? Europe1.fr a posé la question à Nicolas Comte, secrétaire général d’UNITÉ SGP Police, syndicat majoritaire de la profession.

Peut-on mettre toutes ces affaires dans le même panier ? S'il ne faut pas toutes les relier entre elles, on peut parler d'éléments communs  entre l'affaire de la Bac à Marseille et celle du commissaire Neyret.  Nous sommes ici  face à des policiers qui travaillent pendant de très longues périodes, dans des environnements très difficiles, sans présence hiérarchique de proximité. Tant qu'il y a des résultats, la hiérarchie les laisse travailler seuls, avec leurs propres méthodes, dans des zones grises, où les lois ne s'appliquent plus. Un monde qui a ses propres règles.

La Brigade anti-criminalité ou BAC. 630420

© MAX PPP

En l'absence de hiérarchie, les policiers dérapent ? Ils peuvent se sentir isolés. Il peut y avoir ici un sentiment d'abandon qui peut expliquer que certains franchissent la ligne. Attention, je n'excuse pas ces comportements. La base du métier de policier, c'est d'être honnête. Mais en ce qui concerne Marseille, si les faits sont avérés, on a l'impression d'être confronté à un système de grande ampleur. Je suis très surpris, c'est du jamais vu!

Comment empêcher ces dérives ? Tout simplement par une plus grande présence hiérarchique et un accompagnement renforcé. Il faut également faire en sorte de doter les unités de police d'un système de brassage des effectifs, en couplant policiers d'expérience et nouvelles recrues, avec des cycles de nouvelles affectations. On ne peut pas garder les mêmes équipes, sur un même terrain, pendant  quinze ans,  comme cela semble être le cas à Marseille. D'un autre côté, ces affaires sont révélées par la police elle-même. Cela veut dire que  les systèmes d'alerte fonctionnent et qu'il n'y a pas d'omerta.

Le recrutement est-il (aussi) à revoir ? Je ne pense pas, le niveau d'études requis est assez élevé. Le problème, c'est que, comme partout, vous avez des gens honnêtes et des gens malhonnêtes. Et ça ne se détecte pas aussi facilement, même avec un jury épaulé d'un psychologue. Quant à la consommation de stupéfiants, c'est un problème sociétal. Aujourd'hui, la société est confrontée à une augmentation croissante de la  consommation de stups, notamment de cannabis. Certains policiers ont eu une consommation dans leur jeunesse, pendant leurs années étudiantes, qu'ils ont stoppées à leur entrée dans la police. Il y a trente ans, la société avait le même problème avec l'alcool.