Projet d’attentat déjoué en France : comment Reda Kriket a été interpellé

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Projet d’attentat déjoué en France : comment Reda Kriket a été interpellé
Reda Kriket
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C’est grâce à ses relations avec Miloud F., un homme condamné pour association de malfaiteurs à visée terroriste, que les enquêteurs ont remonté la piste de Reda Kriket, déféré en vue de sa mise en examen.

L’arrestation de Reda Kriket souligne une nouvelle fois les connexions étroites entre la France et la Belgique sur la scène djihadiste. L’ancien braqueur de 34 ans, soupçonné d’être le commanditaire d’un projet d’attentat en France, se serait en effet radicalisé en Belgique, où il a vécu après sa sortie de prison, avant de rejoindre la Syrie à l’automne 2014. Selon Le Parisien, c’est grâce à ses relations avec Miloud F., un homme condamné pour association de malfaiteurs à visée terroriste, que les enquêteurs ont remonté la piste de Reda Kriket, arrêté jeudi dernier, à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine.

Radicalisé en Belgique. Le nom de cet ancien braqueur était bien connu des services de police et de justice pour des faits de moyenne délinquance. "Sa spécialité, c’était la cambriole (le cambriolage, ndlr). Il maîtrisait bien son truc", confie Cyril*, un ancien proche de Redac Kriket, interrogé par Le Parisien. C’est d’ailleurs pour vols, cambriolages et recels qu’il a été condamné à plusieurs mois de prison, avant d’être libéré en 2011.

Après sa sortie de la maison d’arrêt de Fresnes, "il s’est intéressé à la religion" mais sans discours "extrême" assure son ancien ami. C’est une fois en Belgique que Reda Kriket aurait vrillé. "Il est parti là-bas en 2011 parce qu’il craignait de voir une peine assortie d’un sursis révoquée en France. Selon moi, sa radicalisation n’a pu se faire qu’au contact de personnes en Belgique. En France, il n’avait pas basculé dans le radicalisme religieux", assure Cyril.

Sa radicalisation n’a pu se faire qu’au contact de personnes en Belgique. En France, il n’avait pas basculé dans le radicalisme religieux

En lien avec un individu condamné pour des faits de terrorisme. Une radicalisation qui a conduit Reda Kriket en Syrie, où il aurait, en chemin, rencontré un certain Miloud F.. Ce dernier est bien connu des services de police et de justice pour ses projets terroristes. Dès 2009, ce Franco-Algérien a été condamné à trois ans de prison dont un avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs à visée terroriste. Avec un complice, il était soupçonné d'avoir fourni du matériel, comme des jumelles à visée nocturne et des GPS, à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), rapporte Le Parisien.

Ces années passées en prison n’ont pas mis un terme à ses velléités djihadistes. En novembre 2015, il est arrêté à Adana, au sud de la Turquie, porte d’entrée vers la Syrie. S’il assure qu’il voulait seulement ouvrir un restaurant en Turquie, les enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) le soupçonnent d’avoir été en lien avec des djihadistes basés en Irak et en Syrie. Dans le cadre d’une information judiciaire ouverte le mois de son interpellation, Miloud F. a été mis en examen et placé en détention provisoire.

Le nom de Reda Kriket interpelle les enquêteurs. C’est en enquêtant sur ses relations, que les enquêteurs ont ciblé Reda Kriket. Son nom a alors interpellé les enquêteurs français. Reda Kriket a en effet vécu plusieurs mois en Belgique, dans la commune bruxelloise d’Ixelles, où il a pris part à l’une des plus grosses filières de recrutement et d’acheminement en Syrie de candidats au djihad.

Une enquête ouverte en Belgique avait souligné son rôle de financier de la filière Zerkani : il reversait une partie de ses braquages et activités de recel au nom du principe musulman de la Ghanima, c’est-à-dire le partage du butin de guerre. Présenté comme le logisticien de cette filière dirigée par Khalid Zerkani, Reda Kriket a été condamné par contumace à dix ans de prison, en juillet 2015. Abdelamid Abaaoud et Chakib Akrouh, tous deux tués lors de l’assaut du Raid le 18 novembre, à Saint-Denis figuraient également parmi la trentaine de prévenus de ce procès.

Un mandat d'arrêt déposé contre lui. Après un mandat d'arrêt déposé à son encontre en décembre 2015, Reda Kriket a finalement été arrêté jeudi à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine. Selon les enquêteurs, son projet d’attentat était "avancé". A la suite de son arrestation, une perquisition a été réalisée à Argenteuil, où plusieurs fusils d'assaut, dont des kalachnikovs, et des explosifs avaient été découverts dans cet appartement du Val-d'Oise. A ce stade, Miloud F. n'est toutefois pas concerné par le projet d'attentat que Reda Kriket projetait de commettre.

Des connexions en Europe. Depuis, l'enquête sur ce projet d’attentat déjoué a confirmé ces connexions européennes entre les individus projetant de commettre des attentats en Occident. C’est un numéro de téléphone retrouvé jeudi lors de la perquisition à Argenteuil qui a permis l’interpellation dimanche, d’Anis B.. Ce Français de 32 ans, né à Montreuil et domicilié dans le Val-de-Marne, a été interpellé à Rotterdam, au Pays-Bas. Ce natif de la région parisienne, qui a séjourné en Syrie, est soupçonné d'avoir été mandaté par l'organisation djihadiste Etat islamique (EI) pour commettre un attentat en France avec Reda Kriket.

L'enquête s'est aussi rapidement orientée vers la Belgique. Deux hommes, Abderamane A. et Rabah N., arrêtés vendredi dans le centre de Bruxelles, ont été inculpés pour "participation aux activités d'un groupe terroriste" et placés en détention provisoire.

* Le prénom a été changé.