Procès Picasso : des témoins détruisent l'hypothèse d'un don

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Procès Picasso : des témoins détruisent l'hypothèse d'un don
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JUSTICE - Les témoins excluent formellement l'hypothèse que Pablo Picasso, ou sa dernière épouse Jacqueline, aient pu faire don d'une boîte de 271 œuvres à leur électricien Pierre Le Guennec.

Pierre Le Guennec a-t-il bénéficié de la bonté de Picasso ou s'est-il procuré ses œuvres frauduleusement ? Au deuxième jour du procès, les témoins qui se sont succédé mercredi à la barre ont formellement exclu l'hypothèse que Picasso, ou sa dernière épouse, Jacqueline, aient pu faire don d'une boîte de 271 œuvres à leur électricien. Soupçonné de "recel", ce dernier a pourtant affirmé la veille que Picasso avait "une confiance absolue" en lui et que sa femme, Jacqueline, lui avait bien donné les œuvres du peintre.

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"C'est quelque chose d'inimaginable". "J'ai vécu au milieu de chez Picasso", "homme généreux et très gai", raconte Gérard Sassier, artiste peintre et fils d'Inès, femme de chambre de l'artiste durant 34 ans. "J'ai toujours vu Picasso faire des dédicaces à des gens qu'il aimait", sur des dessins souvent créés sur place et immédiatement donnés, se souvient-il. "Il faisait un portrait de ma mère tous les ans, il lui a donné des lithographies et des céramiques. Pour mon baptême, il avait fait un dessin de moi", détaille-t-il.

Mais, à la différence des œuvres que possédaient Pierre de Le Guennec, celles de Gérard Sassier sont toutes signées de la main de l'artiste. Les administrateurs de la succession Picasso donnent d'ailleurs tous le même son de cloche : Picasso signait toutes ses œuvres lorsqu'il les donnait. A la mère de Gérard Sassier, gardienne des clefs de l'atelier, Picasso avait même dit à la suite d'une tentative de cambriolage : "De toute façon, on ne peut rien me voler, rien n'est signé." Donner à son électricien 180 œuvres et un carnet de 91 dessins non dédicacés ou signés, "c'est quelque chose d'inimaginable", estime donc Gérard Sassier.

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Jacqueline Picasso ne "donnait pas n'importe quoi à n'importe qui". Dominique Sassier, décorateur qui travaillait dans l'atelier de céramique Madoura à Vallauris, a bien connu Picasso qui venait y travailler après-guerre et où il rencontra Jacqueline, une hôtesse de l'atelier. Une petite équipe y fut chargée de reproduire l’œuvre céramique de Picasso. "Un jour, Picasso était content de sa journée, il avait dédicacé une assiette à chacun, c'était pour montrer sa joie, c'était comme ça, un petit cadeau." Picasso aurait-il pu donner ses œuvres préparatoires ? l'interroge le procureur Laurent Robert. "Non", répond-il, catégorique, "même ses céramiques ratées il les gardait".

A la mort du peintre, Dominique Sassier a beaucoup aidé Jacqueline Picasso à mettre de l'ordre dans la succession, répertoriant les centaines d’œuvres entassées dans toutes les pièces au mas de Mougins. "Jacqueline avait un grand cœur", décrit-il, mais "elle était très prudente, ne donnait pas n'importe quoi à n'importe qui". "Elle aimait beaucoup distribuer des catalogues d'exposition, par exemple aux gendarmes ou au fleuriste" et "elle avait une mémoire d'éléphant, elle savait quand elle donnait", souligne l'artisan.

Des œuvres trop précieuses pour être données. Christine Pinault, spécialiste de l'authentification au sein de la société Picasso administration, a donné le coup de grâce avec ses avis d'experte. La boîte comprend huit papiers collés cubistes très rares élaborés avec son ami Georges Braque au début du 20e siècle, ainsi que des "souvenirs intimes" comme un portrait d'Olga, la première épouse de Picasso, de Fernande, une compagne de Picasso, ou un petit cheval découpé réalisé pour ses enfants. "On ne peut pas imaginer qu'il ait pu les donner à un tiers."

Pierre Le Guennec et son épouse Danielle (devenue proche de Jacqueline après le décès du peintre, au point d'accorder à son mari un prêt pour une licence de taxi) ont indiqué mardi à la barre n'avoir jamais reparlé à Jacqueline Picasso de son précieux "cadeau" de 271 œuvres. Selon l'ex-électricien, il aurait été fait de manière informelle dans un couloir du mas de Mougins, avec l'accord supposé de l'artiste.