Procès du Carlton de Lille : l’homme clé du dossier face à une ex-prostituée

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Procès du Carlton de Lille : l’homme clé du dossier face à une ex-prostituée
@ DENIS CHARLET / AFP
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Le président du tribunal a dû écourter la séance de mardi après une confrontation éprouvante entre René Kojfer et d'anciennes prostituées.

Cheveux masqués d'une perruque claire, fine paire de lunettes sur les yeux, Jade a marqué le début du procès du Carlton, mardi. Le témoignage de l’ancienne prostituée a ému le tribunal correctionnel de Lille, chargé de juger pendant trois semaines des faits de proxénétisme aggravé, visant notamment Dominique Strauss-Kahn. La journée de mardi a débuté avec l'audition du "groupe des hôteliers", à commencer par celui de l'ancienne prostituée, confronté à René Kojfer, figure centrale de l'affaire. Après deux pauses consécutives, un appel aux pompiers pour faire examiner René Kojfer, le président a décidé d'écourter l'audience d'une heure.

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"Vous êtes un malin". Premier mis en examen, premier à s'avancer à la barre, René Kojfer, 74 ans, est réputé être celui qui a fait le lien entre les différents cercles mis en cause. En veste de costume noire, chemise à carreaux sombre, René Kojfer, ancien chargé de relations publiques à l'hôtel Carlton, n'entend pas bien à la barre. Son avocat lui répète souvent les questions. Le dialogue n'est pas toujours simple. "Vous voulez vous faire passer aujourd'hui comme quelqu'un qui n'est pas très intelligent. Mais il est dit dans le dossier que vous êtes un malin", lance le procureur de la République Frédéric Fèvre.

René Kojfer est accusé de proxénétisme aggravé : non seulement d'avoir aidé ou assisté à la prostitution mais aussi d'avoir embauché des jeunes femmes et, dans deux cas, d'en avoir tiré profit. On lui reproche d'avoir jouer les intermédiaires entre des prostituées et des clients du Carlton, dont l’ancien patron du FMI. "C'est vrai que vous étiez indic ?", lui demande le président. "J'aime pas beaucoup ce mot-là. C'est une personne qui est dans le milieu, moi je ne fais pas partie du milieu", répond ce franc-maçon.

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"Ces gens étaient courtois". Plus tôt dans la journée, c’est une des anciennes prostituées qui s’est exprimée pour la première fois. Elle travaillait dans un établissement de Dodo la Saumure, est sortie aujourd'hui de la prostitution et voudrait laisser derrière elle ce choix qui l'a brisée. La parole assurée toutefois, elle raconte les rendez-vous dans un appartement attenant à l'hôtel Carlton, avec René Kojfer, Francis Henrion, ancien directeur du Carlton, et Hervé Franchois, propriétaire de l'hôtel, qui doivent également répondre de proxénétisme aggravé.

"Quand il vous paie, c'est en qualité de prostituée?", insiste le procureur. "J'ai pas fait le ménage", réplique-t-elle. Pourtant, elle ne présente pas d'animosité à l'égard des trois "hôteliers". "Ces gens étaient courtois", dit-elle. "Pour les autres je leur en veux précisément parce qu'ils m'ont présenté une personne publique", ajoute-t-elle avant d'être coupée par le président.

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"Les autres", ce sont Fabrice Paszkowski et David Roquet, deux entrepreneurs locaux dont un au moins est proche de DSK. "La personne publique", devine-t-on, est celui dont on évite de prononcer le nom jusqu'à son apparition à la barre la semaine prochaine, Dominique Strauss-Kahn.