Procès du Carlton de Lille : "le droit a été tordu"

  • A
  • A
Procès du Carlton de Lille : "le droit a été tordu"
@ AFP
Partagez sur :

Les trois avocats de Dominique Strauss-Kahn ont fustigé pendant plus de deux heures une instruction qui les indigne.

Les trois avocats de Dominique Strauss-Kahn, menés par le respecté Henri Leclerc, se sont engouffrés mercredi dans la porte laissée grande ouverte par le réquisitoire du procureur. La veille, ce dernier avait demandé la veille la relaxe "pure et simple" pour l'ancien patron du FMI. Les avocats sont donc allés dans le sens du réquisitoire. Les trois avocats de Dominique Strauss-Kahn ont fustigé pendant plus de deux heures une instruction qui les indigne.

>> LIRE AUSSI - Procès du Carlton de Lille

: DSK, Dodo...quelles sont les réquisitions ?

Dès le début des plaidoiries, DSK s'est montré très attentif aux arguments développés par ses défenseurs. Anne Hommel conseillère communication et Myriam L'Aouffir, compagne de DSK, étaient par ailleurs dans le public à l'audience. Les quatre anciennes prostituées parties civiles étaient en revanche absentes.

"Jade a réécrit l’histoire". "Ça suffit, les anathèmes!", a lancé en début de matinée Me Frédérique Baulieu, première à prendre la parole pour la défense de DSK, s'attaquant au dossier d'une manière générale. L’avocate retrace donc l’affaire, en remontant à la première garde à vue de son client. Une garde à vue de 15 heures comprenant "déjà de drôles de questions". Vient ensuite le temps de l’instruction, durant laquelle l’avocate dénonce "des investigations invraisemblables". Trois ans d’enquête donc pour aboutir à un réquisitoire de non-lieu rappelle Me Beaulieu, pour insister sur le fait que "DSK n’a pas commis de délit".



La figure féminine de la défense de Dominique Strauss-Kahn prend alors un moment pour revenir sur le témoignage des deux prostituées, notamment sur celui de Jade, qui a dénoncé à la barre la naïveté de DSK, persuadée qu’il était au courant qu’elle était payée. "J'ai pour Jade une certaine estime, car après une vie de fracas elle a décidé de vaincre tout cela. Mais j'ai aussi beaucoup d'incompréhension devant cette volonté à tout prix de dire des choses qui ne sont pas vraies. Et dont elle ne sait peut-être plus elle-même qu'elles ne sont pas vraies. (…) Elle a, je crois, profondément réécrit l'histoire, comme elle en a réécrit tant d'autres des histoires, Jade. Cette jeune femme elle a été acculée, obligée, essentialisée, elle est devenue LA prostituée", estime Me Baulieu. L’avocate liste ensuite les incohérences dans les témoignages des principales accusatrices de son client. "Le droit a été tordu, détourné de sa finalité, tout autant que les faits", a-t-elle enfin lancé au tribunal.



DSK coupable "de ce qu’il est". Me Malka a ensuite dénoncé la "construction d'un édifice juridique en forme de pyramide, avec au sommet la notion d'instigation": DSK devient proxénète parce que sa stature auprès de ses amis les pousse à organiser les rencontres où ils amènent des prostituées."C'est vertigineux de danger démocratique de considérer qu'un homme est coupable non plus de ce qu'il fait mais de ce qu'il est", s'étrangle l'avocat.



"Vous allez rendre une décision de relaxe". La plaidoirie de Me Leclerc, défenseur respecté des droits de l'Homme, était extrêmement attendue mercredi. Derrière son pupitre où il a disposé quelques notes, Me Leclerc dénonce, lui, des "absurdités". Reste l'"anathème" qui pèse sur leur client. "Il a une liberté sexuelle qui est la sienne, il a le droit", déclare Me Leclerc. La loi a évolué, expurgeant le terme de débauche dans le code pénal de 1995, souligne-t-il.

>> LIRE AUSSI - Procès du Carlton de Lille : du libertinage, pas de prostituées, clame DSK

"En trois lignes tout est dit : la loi, la loi ! La morale, chacun a la sienne. La vertu, ça se pratique, ça ne se commente pas", ajoute-t-il. "Dominique Strauss-Kahn n'est pas poursuivi pour ça!". "Ce que nous savions est arrivé : ce dossier s'est effondré!", clame Me Henri Leclerc.



"Vous allez rendre une décision de relaxe", conclut l'avocat du haut de ses 60 ans de carrière juridique, "surtout pour notre justice". "Ma pauvre vieille justice, toute cabossée, mal foutue, qu'on ne peut rajeunir facilement mais qui reste", commente l'avocat octogénaire que l'on dit proche de sa dernière plaidoirie. A cette justice, il réserve son dernier mot : "Vous le relaxerez et ce sera justice".