Procès de Sisco : "On a droit à toutes les colères mais on n'a pas droit à tous les comportements"

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Procès de Sisco : "On a droit à toutes les colères mais on n'a pas droit à tous les comportements"
Pour Jean-François Bernardini, il s'agit d"'un problème entre privatiseurs de crique, caïds, et des villageois"@ PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
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Le chanteur du groupe corse I Muvrini exprime son indignation face aux habitants qui ont participé à la rixe de Sisco, dont le procès s'ouvre jeudi.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Le procès de la "rixe de Sisco" s'ouvre jeudi à Bastia, en Corse. Il oppose cinq personnes, deux habitants du village de Sisco et trois personnes appartenant à la même famille. Le chanteur Jean-François Bernardini du groupe corse I Muvrini exprime son indignation au micro d'Europe 1.

Une affaire de privatisation. En août dernier, une violente dispute a éclaté entre "une famille maghrébine" et deux habitants du village de Sisco, en Haute-Corse. La première aurait cherché à privatiser une petite crique, une attitude qui a provoqué la colère de locaux. Quelques incidents émaillent l’après-midi, notamment un jet de pierres à proximité d’une femme pour la dissuader de se baigner dans le coin. La tension monte d’un cran vers 17h30, lorsqu’un touriste belge s’approche pour faire une photo de la crique et se fait sévèrement rabrouer. Il confie sa mésaventure à des habitants du village. L’un d’eux se rend alors sur place pour faire, à son tour, des photos. À ce moment-là, l'affaire s'emballe et les coups pleuvent. Des comportements que Jean-François Bernardini n'accepte pas.

"C'est un problème entre 'privatiseurs' de plage et villageois." "Ce qui me sidère, c'est de voir à la fois sur les réseaux et un peu partout ces guerriers de salon qui sont très inquiétants et qui célèbrent à leur manière une Corse de leurs fantasmes, s'attendant peut-être à un combat de coqs entre Corses et musulmans", constate le chanteur. Dans un premier temps, tout portait à croire que la dispute avait éclaté à cause du port du burkini par les membres féminins de la famille musulmane. Une information qui s'est révélée fausse.

"Mais je crois que ce n'est pas un problème de combat entre Corses et musulmans, c'est un problème entre 'privatiseurs' de crique, caïds, et des villageois dont la première réaction est psychologiquement très compréhensible. Mais ils se sont ensuite trouvés débordés dans des mécanismes où c'est le cerveau reptilien qui commande et où c'est priorité à la violence."

"Il y a des réservoirs de violence". Pour Jean-François Bernardini, ces comportements violents s'expliquent par un mépris des Corses. "Je crois évidemment qu'il y a en Corse des réservoirs de mépris, des réservoirs de violence. 'On ne m'a jamais connu, pourquoi je reconnaîtrais les autres ? On ne m'a jamais rendu justice, pourquoi je ne me vengerais pas, je ne me la rendrais pas moi-même ?' Et là bien évidemment, vous voyez bien qu'on touche aux limites de la démocratie. On a droit à toutes les colères, mais on n'a pas droit à tous les comportements, là est bien la limite."