Procès Méline : la solitude d'une mère face au handicap

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Procès Méline : la solitude d'une mère face au handicap
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Laurence Nait Kaoudjt est jugée depuis lundi pour le meurtre en 2010 de sa fille de huit ans, lourdement handicapée. 

Le quotidien et la solitude d'une mère élevant sa fille "différente" se sont invités devant la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, lundi à Rennes. Laurence Nait Kaoudjt, 44 ans au moment des faits, est jugée depuis lundi pour le meurtre aggravé de Méline, sa fille de huit ans lourdement handicapée. Une enfant qui ne parlait, ni ne marchait, qui était incapable de se nourrir seule. En août 2010, peu après son installation, à Saint-Malo, Laurence a tué Méline avant de tenter de mettre fin à ses jours. "L'acte d'amour", d'une mère épuisée.

Méline, "un petit être sans défense". Devant la cour, cette femme, très digne et éprouvée, a raconté combien elle avait du mal à laisser sa fille à une tierce personne. "J'avais l'impression d'abandonner un petit être sans défense. On était fusionnelles, elle avait besoin que je sois là constamment", explique Laurence. Alors, pendant huit ans, elle va s'épuiser auprès de Méline qui pouvait parfois gémir pendant des journées entières. A ses côtés, il y a sa propre mère qui l'épaule autant que possible, et qui pourtant n'a pas vu venir ce geste terrible.

"Elle était toute seule, c'était épuisant". Cinq après Simone Carneiro a toujours du mal à expliquer le geste de sa fille, qu'elle perçoit comme celui d'une mère qui n'en pouvait plus de voir souffrir Méline : "c'est très dur. C'est incompréhensible", confie-t-elle au micro d'Europe 1. Et d'ajouter : "c'est un acte d'amour, n'importe quelle maman vous le dira".

Entendu sur Europe 1
 "C'est un acte d'amour, n'importe quelle maman vous le dira" 

"Elle était toute seule, il n'y avait que moi pour l'aider. C'était très dur, c'était épuisant. J'ai prié dieu en lui demandant qu'il donne la santé à ma famille pour qu'elle continue de s'occuper de (Méline)", se souvient la grand-mère de l'enfant.  

"Folie délirante" ou "suicide altruiste" ? Dans l'après-midi, les débats ont tourné à la bataille entre experts venus décrypter ce passage à l'acte. "La folie délirante d'une femme qui ne devrait pas être jugée", estime la première d'entre eux ; "Un suicide altruiste" pour soulager Méline, ont ensuite défendu deux autres spécialistes. De son côté, Laurence écoute. Son corps ploie quand l'émotion est trop forte. Mardi, c'est elle qui devra expliquer aux jurés pourquoi en ce matin d'août 2010, elle a donné la mort à cet enfant qu'elle semblait aimer plus que tout.