Outreau : le retour de Myriam Badaoui à la barre

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Outreau : le retour de Myriam Badaoui à la barre
Myriam Badaoui comparaissait dans l'affaire de pédophilie d'Outreau, au palais de justice de Saint-Omer, le 22 juin 2004. @ AFP / DENIS CHARLET
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Mercredi, la mère incestueuse témoigne dans le troisième procès d’Outreau, où seul comparait Daniel Legrand fils, à Rennes. Une audition attendue, après celle de son ex-mari, Thierry Delay, mardi. 

MISE A JOUR. Myriam Badaoui a disculpé mercredi Daniel Legrand. "Ce jeune-là, je le connais ni d'Eve ni d'Adam, on l'a retiré de son enfance à cause de mes mensonges... pas que les miens mais surtout les miens", a déclaré Myriam Badaoui en pleurant dès le début de son témoignage. "Ce jeune homme n'a rien demandé à personne je lui ai brisé sa vie, c'est tout ce que j'ai à dire".

Mercredi, Myriam Badaoui, reconnue coupable de viols sur sept enfants - dont ses quatre fils - et condamnée en 2004 à 15 ans de réclusion, est entendue dans le procès de Daniel Legrand, au lendemain de la confrontation houleuse entre son ex-mari, Thierry Delay, et deux de ses fils, Chérif et Jonathan. Va-t-elle maintenir sa version innocentant l'accusé, comme l'a fait Thierry Delay, mardi ? 

Daniel Legrand fils, l'un des 13 acquittés d'Outreau, est jugé devant la cour d'assises des mineurs d’Ille-et-Vilaine pour des viols sur les quatre enfants Badaoui-Delay, qu'il aurait commis alors qu'il avait moins de 18 ans. Des faits identiques à ceux pour lesquels il a été acquitté, en tant que majeur, en 2005.

Une parole versatile. Particulièrement volubile, cette fille d’un peintre sur les chantiers navals de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, et d’une mère au foyer, fut la principale accusatrice dans ce dossier dont l’instruction menée par le jeune et inexpérimenté juge Burgaud a débouché sur la mise en accusation de 17 personnes, dont 13 furent acquittées. 

Véritable girouette, Myriam Badaoui incriminait un jour, innocentait le lendemain. Dans son sillage, les trois autres coupables et condamnés dans cette affaire, son époux de l'époque Thierry Delay et leurs voisins de palier, Aurélie Grenon et David Delplanque, reprenaient ses accusations changeantes. Des mensonges que Myriam Badaoui proférait, selon ses dires, pour protéger les enfants et leur parole.  

Dernier coup d'éclat en appel. Mais le 18 novembre 2005, devant la cour d'appel de Paris, elle craque. Habituée des revirements de situation, la mère incestueuse se rétracte dans un volte-face mémorable. A la barre, Myriam Badaoui blanchit définitivement six des accusés rejugés, dont Daniel Legrand fils, affirmant : "Ils n'ont rien fait".

"Mes enfants donnaient des noms, je n'ai fait que suivre. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi je suis descendue aussi bas. C'est comme si j'avais deux personnalités en moi. Il m'est passé une folie par la tête [...] J'ai menti", explique-t-elle alors, demandant "pardon". Un peu plus d'un an après l'acquittement de sept personnes en première instance, en juillet 2004, six sont ainsi innocentées en appel. 

Violée et battue, avant de violer à son tour. Enfant, Myriam Badaoui a été violentée et abusée sexuellement. A 14 ans, elle est mariée de force à un cousin d’Algérie, pays d'où son père, Mohamed, est originaire. De cette union contrainte naît Chérif, en 1990. Trois ans plus tard, d’après Le Parisien, elle convole en secondes noces avec Thierry Delay, rencontré deux ans auparavant. Il accepte de reconnaître l’enfant mais le rebaptise "Kevin", parce que Chérif, ça fait trop "bougnoule".

Le couple aura trois autres garçons : Dimitri, Jonathan et Dylan. Tous reconnus victimes de viols par leurs parents. Lors du procès aux assises de Saint-Omer, en 2004, Myriam Badaoui avait déclaré : " Oui, j'ai violé mes enfants. [...] C'est pas parce que j'ai subi ça que j'ai reproduit. Je l'ai fait." 

Une mesure de libération sous conditions. Condamnée à 15 ans de prison lors de ce premier procès, elle a été libérée en septembre 2011 "sous conditions", après avoir purgé les deux tiers de sa peine. Dix ans et sept mois d’emprisonnement à la prison pour femmes de Rennes, où elle avait été incarcérée en février 2001. Depuis, la mère incestueuse a l'interdiction de se rendre dans la commune d'Outreau et est astreinte à un contrôle socio-judiciaire.

Qu’est-elle devenue ? "Elle a payé sa dette à la société, maintenant, elle a droit à l’oubli. Il faut tourner la page", estimait auprès du Nouvel Obs son avocat Me Jérôme Crépin, à l’issue de sa libération. Aujourd’hui âgée de 48 ans, Myriam Badaoui va refaire surface dans une salle de tribunal. Parmi les quatre condamnés de l'affaire, seul son ex-mari, condamné à 20 ans de réclusion, se trouve encore derrière les barreaux.

D’après son fils Jonathan, Myriam Badaoui serait complètement relookée et aurait fait de la chirurgie esthétique. "C’est bien simple, quand je suis allé la rencontrer, il y a deux ans, je ne l’ai pas reconnue, alors que nous étions dans la même pièce", a-t-il raconté à La Voix du Nord. Peut-être pour faire oublier ce visage, tant associé au cauchemar d'Outreau.