Noisy : "c'était pour rigoler et ça a dégénéré"

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Noisy : "c'était pour rigoler et ça a dégénéré"
@ Maxppp
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Le garçon de 19 ans a été lynché parce qu'il ne venait pas de la même ville que sa petite amie.

Huit suspects, âgés de 14 à 20 ans, ont été interpellés lundi matin à Rosny-sous-Bois, après le lynchage d'un garçon de 19 ans samedi soir, à la gare RER de Noisy-le-Sec. Cette agression très violente aurait pour seul motif une rivalité amoureuse.

A quelques centaines de mètres de la cité où l'opération de police a eu lieu, se trouve le collège Langevin-Vallon, où sont scolarisés la plupart des suspects. Parmi les collégiens, certains ne veulent pas que des filles de leur entourage aient une relation avec des garçons venus d'ailleurs. Eva, 15 ans, connaît bien la petite amie du jeune homme agressé : "il y a des groupes qui se disent que si un garçon vient d'autre part, il faut absolument lui faire la loi. Moi personnellement, je ne suis pas d'accord", explique-t-elle à Europe 1.

La collégienne dénonce la "bêtise" de leur acte :

Cette loi du quartier, Eva n’en a pas peur parce qu’elle ne fréquente pas ces garçons là, dit-elle. Si ces ados sont loin de terroriser le collège ou la cité, leur bêtise a en tout cas viré au déchainement de violence samedi soir.

"Une logique de virilité" pour compenser un vide

"Il faut être très prudent par rapport aux lectures qu'on peut donner à des faits divers. Il m'est déjà arrivé d'observer sur le long terme des explications données au départ et qui n'étaient pas celles que l'enquête révélait à la fin", prévient cependant Marwan Mohammed, sociologue au CNRS invité lundi sur Europe 1, avant de détailler plusieurs tendances lourdes.

"Avoir des relations amoureuses dans un espace où les gens se connaissent tous est très contraignant, il y a le risque du ragot, de la mauvaise réputation. Ce qui amène filles et garçons à développer des relations amoureuses en dehors : c'est lié à une écologie locale, on l'observe pas seulement dans les quartiers populaires, mais aussi dans les zones rurales", décrypte-t-il.

Passant ensuite à la question de l'identité territoriale, Marwan Mohammed évoque une "logique de virilité" : "cette territorialité des identités compense un manque d'attachement à la collectivité plus globale, mais aussi un déficit de statut personnel". Et le chercheur de préciser : "Quand ces jeunes quittent les bandes et ces logiques de sociabilité pour rentrer dans l'emploi, fonder une famille, tout cela perd de l'importance".