Que va devenir le procès des "mariages chinois" ?

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Que va devenir le procès des "mariages chinois" ?
@ AFP
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Jean Germain, l'ex-maire de Tours, devait comparaître mardi au premier jour d'audience. Absent à l'ouverture des débats, son corps a été retrouvé sans vie près de chez lui avec une lettre d'adieu.

Il devait comparaître mardi au premier jour du procès dit des "mariages chinois". Mais le sénateur socialiste et ancien maire de Tours Jean Germain s'est donné la mort à quelques heures de l'ouverture des débats. Il était poursuivi dans ce dossier pour "complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics".

Le procès reporté. Conséquence directe de ce coup de théâtre dramatique : le procès a été reporté "pour circonstances insurmontables", a indiqué la présidente du tribunal correctionnel de Tours. En effet, la mort de Jean Germain entraîne l’extinction de l'action publique à son encontre, comme le prévoit l'article 6 du Code de procédure pénale. En revanche, les autres prévenus, eux, seront bien jugés à une date ultérieure pour les faits qui leur sont reprochés.

Des "noces romantiques en Touraine"... Cette affaire tire son origine dans l'organisation entre 2007 et 2011 de "Noces romantiques en Touraine", pour une clientèle chinoise. Celles-ci comprenaient des visites de châteaux de la Loire, ainsi que de la ville de Tours, avec un vrai-faux mariage prononcé par le maire Jean Germain qui, ceint de son écharpe tricolore posait sur la photo immortalisant l’évènement. Des dizaines de couples chinois sont ainsi venus chercher, sur les bords de la Loire, une touche d'exotisme à la française. Mais des irrégularités, soulignées par le Canard Enchaîné en 2011, ont été soulevées. Une information judiciaire avait alors été ouverte et quatre personnes mises en examen.

…au doux parfum d'escroquerie. Au cœur de l'affaire, figure une ancienne collaboratrice de Jean Germain, Lise Han. Originaire de Taïwan, spécialiste de la Chine, cette femme de 50 ans avait été recrutée en 2008 au cabinet du maire. Rémunérée 3.500 euros par mois, elle avait pour mission de s'occuper des relations avec le pays et dirigeait un bureau appelé "France Chine". Or, l'organisation des mariages chinois était pilotée exclusivement, grâce à la mairie, par la société "Lotus Bleu" dont elle a été précédemment la gérante. A sa prise de fonction au sein du cabinet du maire, Lise Han avait officiellement démissionné de ses fonctions dirigeantes pour laisser les rênes de la société à son mari.

Problème : la justice la soupçonne d'avoir toujours continué à en exercer la gérance dans l'ombre. Lise Han a été mise en examen le 25 janvier 2013 pour "escroquerie", "prise illégale d'intérêt", et "recel de fonds publics". Son ex-mari et son époux actuel ont quant à eux été mis en examen pour "complicité d'abus de biens sociaux".

Que reprochait-on à l'ancien maire ? Jean-Germain ignorait-il ce conflit d’intérêt présumé ? Ou, au contraire, pouvait-il l'avoir laissé perdurer en connaissance de cause ? En mai 2013, la justice avait demandé la levée de l'immunité parlementaire du sénateur-maire mais le Sénat l'avait refusé. Les magistrats avaient tout de même décidé d'engager des poursuites contre l'élu qui avait ainsi été mis en examen en octobre 2013 pour "complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics".

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