"Mes négros", le clip de rap qui dérange à Compiègne

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"Mes négros", le clip de rap qui dérange à Compiègne
@ Capture d'écran
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Argent du deal, armes et rodéos urbains, le clip d'un morceau de rap qui aurait été enregistré dans un studio de la mairie de Compiègne fait polémique. Le parquet a ouvert une enquête.

L'info. Postée le 6 février dernier, la vidéo de Papiss a déjà été vue près de 60.000 fois sur YouTube. Liasses de billets, cocaïne et gun, le tout sur des paroles provocantes, le clip du morceau de rap "Mes négros"  fait du bruit. Et pour cause, il aurait été produit dans un studio financé par la mairie de Compiègne, dans l'Oise.

"Nike la loi, baise l'Etat". Au départ, c'est un clip reprenant tous les codes du rap "gangsta" comme il en existe beaucoup d'autres. Le 18 janvier dernier, dans le quartier populaire du Clos-La-Roche à Compiègne, la réalisation de la vidéo avait regroupé une centaine de jeunes dont presque tous arborent un sweat sur lequel est inscrit "#VRSMF" pour Virus Mafia, le nom du crew de Papiss.

Durant cinq minutes, le rappeur de 19 ans, vêtu d'un gilet pare-balles, fait l'apologie du deal et de l'argent facile. Dans cette mise en scène très ghetto, il tire même en l'air une arme à feu à la main. Problème, le morceau aurait été enregistré dans les locaux d'un studio subventionné par la ville de Compiègne. Et au-delà des images, les paroles du rappeur sont elles aussi explicites :

"Mes négros veulent du zeillo / Je représente mon '6.0' / D’où je viens, ouais c’est trop chaud / J’ai d’la pure c’est d’la coco / 60e le gramme, le taro / J’roule un joint, j’le fume solo / […] J’sais qu’les keufs nous prennent en photo / Mais ont fait quand même des euros […]D’où j’habite, ça vend du shit. Négro coke, marijuana. Nique la loi, baise l’Etat."

Un détournement d'installations municipales ? Une publicité un peu spéciale qui n'est pas au goût de tous les Compiégnois. "C'est un détournement de nos installations", a regretté dans Le Parisien Michel Foubert, premier adjoint du maire UMP Philippe Marini, ajoutant : "Nos équipements ne doivent pas être utilisés pour produire des éléments qui sont de nature à développer l'argent facile." Mais après ces propos, la municipalité a déclaré au Figaro que Michel Foubert avait "réagit à chaud". Elle a ensuite expliqué que le studio en question a été détruit dans un incendie en septembre, alors que le clip a été réalisé en janvier dernier.

La vidéo a également été peu appréciée par les autorités. Selon le quotidien, le procureur de la République, Stéphane Hardouin, a annoncé que l'auteur du clip allait être entendu et qu'une enquête avait été ouverte par le parquet de Compiègne.

Une reprise du morceau hip-hop du moment aux Etats-Unis. En réalité, le clip du jeune Compiégnois est une reprise du gros tube de hip-hop "Coco" du rappeur américain O.T. Genasis. Papiss a posé ses propres textes sur la musique du hit américain, dont le refrain sans ambigüité n'est autre que "I'm in love with the coco, I’ve got it from the low low", littéralement "J'aime la cocaïne, je l'ai eu à un prix dérisoire, dérisoire", d'après le site du magazine spécialisé Yard. Ce morceau, véritable phénomène du moment Outre-Atlantique, a d'ailleurs été visionné plus de 95 millions de fois sur YouTube depuis sa publication en octobre dernier.  

Ode à la cocaïne. Le clip du jeune rappeur d'Atlanta, repéré par 50 Cent et aujourd'hui sous la protection de Busta Rhymes, a été présenté en deux versions aux Etats-Unis, l'une "soft", réservée à la télévision, l'autre, beaucoup plus explicite, diffusée sur les réseaux sociaux. Dans cette version gangsta, la poudre blanche est la star du clip. Un hymne à la coke qui a donné lieu à de nombreuses reprises, et même à de multiples parodies.

 "Les boulettes de shit sur la table, ce sont des Carambars". En reprenant ainsi tous les codes du rap américain de gangsters, le jeune rappeur Papiss avait-il conscience qu'il pouvait peut-être tomber sous le coup de la loi ? Le Compiégnois défend qu'il comptait montrer l'atmosphère de son quartier : "Je veux expliquer que ce que veulent les gens, ici, de l’argent, et qu’ils sont prêts à tout pour ça", a-t-il affirmé auprès du Courrier picard. "C'est un personnage, du second degré", a-t-il précisé avant d'ajouter : "Tout est factice. [..]Les boulettes de shit qu’on voit sur la table, ce sont des Carambars. J’ai payé des petits qui ont mis une semaine pour faire ça." En revanche, selon le quotidien local, les rodéos sauvages sur les scooters ont bien été effectués en pleine rue, au grand dam des riverains.

C'est l'enquête qui devra à présent déterminer si ces infractions et si le délit d'incitation à l'usage de stupéfiants ont bien été commis.