"Mariages chinois" : l’ombre de Jean Germain plane sur le procès

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"Mariages chinois" : l’ombre de Jean Germain plane sur le procès
Lise Han, vêtue de noir, a fondu en larmes devant photographes et caméras à l'évocation de l'ancien maire et sénateur de la ville. @ GUILLAUME SOUVANT / AFP
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Le procès des "mariages chinois" a repris mardi à Tours, six mois après son interruption consécutive au suicide de l'ancien maire socialiste de la ville, mis en cause dans l’affaire.

L'ombre d'outre-tombe a pesé à l’ouverture du procès des "mariages chinois". L’audience s’est ouverte mardi à Tours, six mois après son interruption dramatique consécutive au suicide de l'ancien maire socialiste de la ville, Jean Germain. Ce dernier, mis en cause dans cette affaire de malversations, s'est tué d'une décharge de fusil de chasse le 7 avril, quelques instants avant l'ouverture de l'audience, semant la stupeur à Tours et entraînant le renvoi du procès. Celui-ci s'est rouvert mardi devant une salle d'audience au public clairsemé, où ont pris place des proches de l'ancien maire et sa compagne.

"Jean Germain n'appartient plus à la justice". Le tribunal correctionnel a constaté l'extinction de l'action publique contre l'ancien maire. "Jean Germain n'appartient plus à la justice, il appartient désormais à l'Histoire", a écrit son ancien avocat, Dominique Tricaud, dans un courrier adressé au tribunal et lu à l'ouverture de l'audience.
Jean Germain avait été mis en examen fin 2013 des chefs de "complicité de prise illégale d'intérêts et de détournement de fonds publics", avant de perdre les élections municipales lors desquelles il briguait un quatrième mandat.

La principale accusée fond en larmes. "Je suis très, très triste. Ce procès s'ouvre devant le cercueil de Jean Germain", a déclaré à la presse la principale accusée, Lise Han, à son arrivée au palais de justice. Lise Han, une ancienne proche de Jean Germain qui l'avait embauchée à la mairie pour superviser les échanges avec la Chine, vêtue de noir, a fondu en larmes devant photographes et caméras à l'évocation de l'ancien maire et sénateur de la ville.

Poursuivie pour escroquerie, prise illégale d'intérêt, abus de biens sociaux et recel de fonds publics, Lise Han a été soumise à un interrogatoire serré de la présidente du tribunal sur son rôle au sein de la société Time/Lotus Bleu chargée par la ville de Tours d'organiser des "noces romantiques en Touraine" entre 2007 et 2011. Elle encourt une peine maximum de cinq années de prison, selon son avocat Me Gérard Chautemps.

600.000 euros réclamés. Aux termes de ces marchés de plusieurs centaines de milliers d'euros, des couples chinois venaient renouveler leurs voeux devant le maire de Tours, dans le cadre d'un programme touristique comprenant visites de châteaux et promenades en calèche dans la vieille ville.

"Nous souhaitons le remboursement de l'essentiel" des sommes versées" pour ces marchés "qui doivent avoisiner les 600.000 euros", et "le remboursement de tout ce que la SPL (chargée de la promotion du tourisme en Touraine, ndlr) a versé Lise Han comme salaire et frais professionnels, soit 120.000 euros", a détaillé Me Gérard Cebron de Lisle, avocat de la ville et de l'agglomération de Tours, qui se sont constituées partie civile avec la SPL.

Lise Han présentée comme l’instigatrice. De l'interrogatoire de Mme Han, embauchée en 2008 au cabinet du maire, puis par la SPL, il est ressorti clairement qu'elle continuait à tirer les ficelles de la société Time/Lotus Bleu après avoir démissionné officiellement de ses fonctions dirigeantes. A ses côtés, Vien Loc Huynh, son mari et gérant officiel de la société durant la période des "noces romantiques", fait figure de parfait homme de paille avec ses réponses hésitantes et embarrassées.

L’ex-directeur de cabinet de Jean Germain passé au grill. Mardi après-midi, la présidente du tribunal Christine Blanchet a également passé au grill François Lagière, ancien directeur de cabinet de Jean Germain. Celui-ci a assuré "n'avoir rien vu" de l'implication de Lise Han dans la société Time/Lotus Bleu jusqu'en mars 2011. "J'ai alors mis en garde le maire", qui "n'a rien fait", a-t-il dit devant le tribunal, affirmant "ne pas s'expliquer" sa passivité.