Léa, 5 ans, exclue de la cantine

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Léa, 5 ans, exclue de la cantine
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Des impayés, à hauteur de 170 euros, ont entraîné l'intervention d'une policière. Le père s'indigne.

L'info. Une fillette de 5 ans, scolarisée en grande section de maternelle à l'école privée Saint-Vincent d'Ustaritz, dans les Pyrénées-Atlantiques, a été sortie de la cantine par une policière municipale et conduite au commissariat mardi midi. Sa "faute" ? Ses parents n'avaient pas payé la cantine et devaient 170 euros, rapporte jeudi le quotidien régional Sud Ouest. Le défenseur des droits a décidé d'ouvrir une enquête.

Le récit. La scène se déroule donc à la cantine de la petite école. Léa est à table avec ses camarades mais ses parents n'ont pas payé pour le repas. La policière municipale conduit donc l'enfant d'abord au domicile de sa mère. Mais celle-ci est absente. D'où la décision d'aller jusqu'au commissariat. C'est là que la petite fille a été récupérée par ses parents.

La colère d'un père. Léa "a eu peur. Elle ne savait pas ce qui avait pu se passer. Et automatiquement, ce qui vient en premier, c’est le pire : si c’était papa, si c’était maman ? C’est une petite fille qui reste assez fragile, elle a cinq ans", rappelle le père de l'enfant, Laurent, au micro d'Europe 1. Etre exclue ainsi de la cantine, "c'est assez troublant pour elle et pour ses camarades [qui ont pensé] : 'on emmène Léa à la police, en prison'. On l’arrache de table comme ça, c’est incompréhensible", ajoute-t-il.

10.01 mairie Ustaritz 930620

© GOOGLE MAP

Qui est responsable ? Le service de cantine ne dépend pas de l'école mais de la municipalité d'Ustaritz. Le directeur de la maternelle n'a d'ailleurs pas été tenu au courant de l'intervention de la police municipale. Le maire, lui, dit ne pas avoir donné l'ordre directement d'aller récupérer la fillette. Mais il assume la décision  : "je suis tout à fait conscient qu’aller chercher une petite est traumatisant. Mais pour d’autres [parents], la mairie a pris en charge des dettes. Il faut que les familles acceptent de venir aux convocations. On ne peut pas se permettre d’être toujours hors-la-loi", a-t-il asséné au micro d'Europe 1. Le syndicat SNPM-FO a fait savoir jeudi après-midi que la policière avait suivi un ordre provenant de la mairie.

Comment va Léa ? La fillette a malgré tout pu manger ce jour-là, à la mairie. "Elle a fait un petit cauchemar le lendemain", a confié sa maman à Europe 1. "On essaie de faire en sorte qu'elle ne soit pas trop choquée parce que c'est honteux", ajoute-t-elle. Pour ses camarades, leur enseignante a dû prendre en classe la parole pour dédramatiser l'événement.

Vincent Peillon condamne. Le ministre de l'Education nationale a réagi à cette affaire en dénonçant un "acte de violence scandaleux". "Il peut y avoir des difficultés avec les parents, jamais on ne doit s'attaquer aux enfants", a expliqué le ministre en déplacement à Brest. "Tous les enfants de France doivent être dans leur cantine et manger, et ne pas être victimes d'actes, qui, de cette nature, sont des actes de violence", a-t-il estimé.

Une enquête ouverte. Le défenseur des droits, Dominique Baudis, "profondément choqué", a annoncé jeudi avoir décidé d'ouvrir une enquête à la suite de ces faits, dénonçant "un manque de discernement et de solidarité". Les services de Dominique Baudis prendront contact "avec l'ensemble des parties prenantes pour cerner les dysfonctionnements successifs qui ont abouti à cette situation", ajoute-t-il.