Le destin tragique de Pierre Choulet, ado normal devenu kamikaze

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Le destin tragique de Pierre Choulet, ado normal devenu kamikaze
@ AFP
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Le père de Pierre Choulet ne s’explique toujours pas le basculement de son fils, catholique par baptême, qui s’est converti à l’islam, avant de partir faire le djihad en Syrie, en octobre 2012.

Pierre a longtemps eu, dans un coin de sa chambre d’enfant, une photo de sa première communion. Récemment, Pierre s’est fait exploser dans un attentat suicide en Irak. En quelques années, ce jeune "gamin comme les autres" s’est radicalisé pour finir kamikaze de l’Etat islamique. Le père de Pierre Choulet ne s’explique toujours pas le basculement de son fils, qui souhaitait devenir éducateur spécialisé, avant de prendre la route pour la Syrie en octobre 2013.

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Adepte de vélo cross et de foot. C’est l’histoire d’une radicalisation difficile à imaginer. Gérard Choulet, le père de Pierre, nous décrit en effet un "gamin" gentil et plutôt réservé, adepte de vélo cross et de ballon rond, qui a grandi avec deux demi-frères dans la maison familiale de Port-sur-Saône, en Haute-Saône. Un pavillon parmi d'autres à la périphérie de cette commune paisible de 3.000 habitants située à une dizaine de kilomètres de Vesoul. Et jusqu'à ses 17 ans, il était pourtant "un bon petit", comme le dit son père, Gérard Choulet. C’est ce même gamin, qui s’est fait exploser en Irak, quelques années plus tard.

Ecoutez le témoignage de Gérard Choulet au micro d'Europe 1 :



Gérard Choulet : "on a vu qu'il s'était...par Europe1fr

"Ça nous faisait du chagrin". "Un jour, on a vu qu'il s'était converti à l'islam. On n'en a jamais parlé, parce que lui a vu que ça ne nous plaisait pas. Mais on l'a vu : il s'est laissé poussé le bouc, au niveau de la nourriture, il était un peu plus strict, il ne mangeait plus de porc à la maison. On le mettait en garde quand même. On lui disait : 'méfie-toi'. Il répondait : 'ne t'inquiète pas, tu as une mauvaise image de l'islam'. Ensuite, il y a certainement eu un basculement dans quelque chose de plus radical, mais que l'on n'a pas décelé, parce que l'on n’en parlait pas. Il savait que ça nous faisait du chagrin", se souvient le père de famille.

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"Papa, maman, je suis parti aider les Syriens et les Syriennes". Et c’est sans un mot que Pierre, tout juste âgé de 18 ans, a pris la route pour la Syrie, alors qu’il était inscrit à la faculté de sport de Besançon. "Mon épouse a essayé de le joindre, ça ne répondait pas, alors nous nous sommes inquiétés. Surtout, il y avait cette lettre", confie le père de famille. Une lettre dactylographié, dans laquelle le jeune homme écrit à ses parents : "Papa, maman, je suis parti aider les Syriens et les Syriennes, mais ne vous inquiétez pas, je vous donnerai des nouvelles dès que possible. Je vous aime".

"Seize mois de rares contacts". "Au début, on pensait qu'il était allé rejoindre une association humanitaire, c'était l'époque où la population syrienne était contre Bachar Al-Assad", le président syrien, raconte son père, 52 ans, ouvrier chez Eurosérum. Suivent ensuite seize mois de rares contacts par mail. "Il nous envoyait des mails, mais il ne nous a jamais parlé de combats. Il disait qu'il s'occupait d'enfants syriens, qu'il leur apprenait à jouer au foot", se souviennent ses parents.

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Au fil des mois, les parents de Pierre comprennent que leur fils a probablement rejoint l’Etat islamique, le groupe terroriste ayant pris une ampleur exponentielle durant l’année 2014. Pétris d’angoisse, ils craignent alors de découvrir une photo de leur fils "les armes à la main sur internet". Ce fut pire : les nouvelles rassurantes cachaient en effet un projet funèbre.

"De mon garçon, un ange, ils ont fait un monstre". Vendredi, le groupe Etat islamique a annoncé que "Abou-Talha al-Faransi", le nom de combat, était mort dans une attaque suicide. Il fait exploser son camion piégé contre une caserne de miliciens chiites près de la base militaire de Speicher, dans la province de Salaheddine, à 160 km de Bagdad. Sur internet, "j'ai tout de suite reconnu mon fils, ça a été un choc", confie Marie-Agnès, aide-soignante aux cheveux bruns et bouclés, âgée de 54 ans. "De mon garçon, un ange, ils ont fait un monstre", lâche-t-elle. Pour l’heure, le bilan de cette attaque n’est pas connu. "On espère que Pierre n'a pas tué d'autres gens", réagissent ses parents.