Gros cafouillage sur l'arrestation de trois djihadistes présumés

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Gros cafouillage sur l'arrestation de trois djihadistes présumés
@ REUTERS/Stringer
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RATÉ - Trois djihadistes français présumés, de retour de Syrie via la Turquie, sont rentrés mardi en France sans être inquiétés. Le ministère de l'Intérieur avait pourtant annoncé leur arrestation.

Le ministère de l'Intérieur a, semble-t-il, dégainé un peu trop vite. L'Intérieur avait en effet annoncé mardi en début d'après-midi que trois jihadistes présumés, arrêtés fin août en Turquie, avaient été interpellés à leur arrivée à l'aéroport d'Orly. Parmi les trois suspects, le mari de Souad Merah, la sœur de Mohamed Merah. Sauf que les trois suspects sont rentrés mardi en France, par Marseille, sans être inquiétés. Europe 1 revient sur cet incroyable cafouillage.

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Qui sont les trois suspects ? Parmi les suspects figure le mari de Souad Merah, Abdelouahed Baghdali, mais aussi un ami d'enfance de Mohamed Merah, déjà condamné en 2008 pour sa participation à une filière djihadiste vers l'Irak. Le troisième suspect est un converti à l'islam originaire d'Albi. Les trois hommes étaient partis en début d'année en Syrie.

Que s'est-il passé mardi ? Les trois hommes ont été arrêtés fin août en Turquie, alors qu'ils tentaient de fuir l'Etat islamique, qu'ils avaient rejoint en début d'année, selon leur avocat Me Christian Etelin. Les suspects devaient être transférés par avion vers la France mardi midi, mais le commandant de bord de la compagnie aérienne turque a refusé de les embarquer. Sauf qu'entre-temps, les autorités françaises, alertées de leur arrivée prochaine sur le sol français, ont assuré que les suspects étaient déjà arrivés et étaient entendus à la DGSI. Ce qui, selon les informations d'Europe 1, n'était alors pas le cas.

En réalité, les trois individus ont pris un vol vers la France, une heure plus tard. Pensant qu'ils avaient été placés dans un centre de rétention administrative en Turquie, les autorités françaises n'étaient pas présentes pour les interpeller au moment de leur arrivée sur le sol français, à Marseille, mardi après-midi.  "Les services français ont été informés par leurs homologues turcs de ce changement de vol après l’arrivée sur le sol français des trois ressortissants expulsés", a reconnu mardi soir le ministère de l'Intérieur dans un communiqué. "Dès cette information communiquée aux services français de sécurité et de renseignement, ceux-ci poursuivaient les investigations dans le cadre du mandat délivré par le magistrat instructeur du pôle antiterroriste", assure le ministère.

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"Aucun policier n'est venu nous accueillir". Surpris que personne ne les attende une fois arrivés en France, les djihadistes présumés ont donc contacté leur avocat, Me Christian Etelin, qui était l'avocat de Mohamed Merah et qui conseille aujourd'hui sa sœur Souad. "On a passé la douane, on a montré le passeport, on a tout montré, c'est ça qui est étonnant. Aucun policier n'est venu nous accueillir à l'aéroport. Même nous, ça nous a étonné. On s'était dit qu'ils allaient nous interpeller, qu'on allait être placés en garde à vue", commente stupéfait l'un des suspects, contacté par Europe 1.

Les trois individus assurent qu'ils ne sont pas en fuite et qu'ils sont prêts à répondre à toute convocation de la justice. Ils refusent toutefois d'expliquer pourquoi ils se sont rendus en Syrie, et surtout, pourquoi ils ont décidé de revenir en France.

Que cherchaient les trois individus ? D'après Me Christian Etelin, les trois individus souhaitaient participer à la construction d'un Etat islamique et non pas faire la guerre en Syrie. "Tous les salafistes ne sont pas terroristes, ne sont pas partisans d'un djihad où on égorge les gens. Ils ont pensé qu'ils vivraient une autre réalité que celle de la guerre, du fanatisme et du crime organisé. Et la réalité les a horrifié. Donc ils sont repartis", explique le conseil, interrogé par Europe 1.

Toujours selon Me Christian Etelin, les trois suspects se sont livrés aux autorités turques pour échapper à l'Etat islamique, où ils auraient "vécu l'horreur". "Ils n'ont jamais voulu participer à un combat djihadiste tel qu'on l'imagine. Ils se sont mis entre les mains des autorités turques pour être protégés et pour pouvoir être transférés vers la France. Ils sont heureux d'une chose, c'est d'avoir la vie sauve, parce qu'ils ont vraiment cru qu'ils allaient être exécutés", assure Me Christian Etelin.

Souad Merah "bientôt de retour à Toulouse". Ce dernier, qui se dit par ailleurs en contact régulier avec Souad Merah, affirme que celle-ci est bien partie vers la Syrie en mai dernier avec ses quatre enfants, mais qu'elle se trouve actuellement en Algérie, chez son père. "Elle devrait revenir bientôt à Toulouse", a ajouté l'avocat toulousain.