Le drame du "Tribal Kat" : les pirates somaliens jugés mardi

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Le drame du "Tribal Kat" : les pirates somaliens jugés mardi
Le voilier du couple Colombo récupéré par la Marine française.@ ECPAD
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Sept hommes sont jugés à partir de mardi pour avoir attaqué en 2011 le bateau d'un couple de plaisanciers français, et tué l'un d'eux.

Ce sera le dernier, et sans doute le plus douloureux des procès en France de la piraterie somalienne. Sept hommes sont jugés à partir de mardi pour avoir attaqué en 2011 le bateau d'un couple de plaisanciers français. Au large de la Somalie et du Yémen, ils avaient tué Christian Colombo, ce Varois de 55 ans qui effectuait un tour du monde, sur son catamaran, avec sa femme Evelyne. Cette croisière au long cours représentait le rêve d'une vie, financé par la vente de leur maison. Le couple était en mer depuis trois ans, quand tout a tourné au cauchemar, le 8 septembre, il y a cinq ans.

Un appel de détresse lancé. Les époux Colombo naviguent à petite vitesse en cette fin d'après-midi en plein golfe d'Aden. Ils sont dans le cockpit à l'arrière du catamaran lorsque des coups de feu retentissent. Christian, le mari, comprend tout de suite qu'il s'agit d'une attaque et demande à sa femme Evelyne d'envoyer un mayday, un message de détresse sur la radio. A 13h17, le "Tribal Kat" lance son appel de détresse.

Le corps de Christian Colombo jeté par-dessus bord. Mais c'est déjà trop tard, les pirates grimpent à bord et tirent. Le Français est abattu. Les neuf pirates prennent ensuite le temps de fouiller le bateau, ils ramassent bijoux, ordinateur, appareils photos et téléphones portables, sans oublier la nourriture et l'eau. Ils prennent ensuite Evelyne Colombo en otage sur leur embarcation, avant de quitter le catamaran. Et de jeter le corps de son mari tué par-dessus bord. Il ne sera jamais retrouvé et l'acte de décès de Christian Colombo, 55 ans, sera enregistré le 15 novembre 2011.

Une embarcation de priates somaliens

Des pirates lourdement armés. Quelques heures plus tard, une frégate allemande trouve le voilier. Personne à bord, mais des impacts de balles et une mare de sang dans laquelle baignent les lunettes de Christian Colombo. Le 10 septembre, un navire de guerre espagnol détecte un "skiff" - une embarcation légère - suspect.

Les Espagnols tentent d'approcher, mais font volte-face lorsque des pirates exhibent Evelyne Colombo, en la menaçant d'une arme. Evelyne Colombo a en effet vécu 48 heures de cauchemar aux mains des pirates, cachée sous une bâche, trempée par les vagues, menacée.

L'assaut est finalement donné plus tard. Une opération au cours de laquelle les deux chefs des pirates sont tués. Des individus lourdement armés : cinq fusils d'assaut et un lance-roquette sont retrouvés à bord.

Pêcheur, policier, chauffeur de taxi... Du 29 mars au 15 avril prochains, c’est le reste de l’équipage qui va devoir répondre de ce meurtre. Sept hommes sont jugés par la cour d'assises de Paris pour détournement de navire ayant entraîné la mort, un crime passible de la réclusion à perpétuité. Agés de 25 à 32 ans, ils se disent "policier", "chauffeur de taxi" ou encore "coolie", porteur. L'un est "pêcheur", dans des eaux que la surpêche et la pollution ont épuisées.

Lors des interrogatoires, selon une source proche du dossier, les sept hommes ont chargé les deux pirates tués lors de l'assaut, "Shine" et "Abdullahi Yare", désignés comme le chef de l'expédition et son adjoint. Les enquêteurs notent que "Abdullahi Yare" était "vraisemblablement" le tueur, mais que tous les pirates étaient animés par la même "volonté collective" d'attaquer des bateaux et de réclamer des rançons pour les équipages.

Pour qu'ils soient bien jugés, il faudra que la cour comprenne de quel enfer ils viennent

Des prévenus souffrant d’une pathologie psychiatrique. Il n'est pas certain que tous les accusés pourront comparaître. L'un d'eux, comme d'autres pirates jugés précédemment, a développé en prison une pathologie psychiatrique qui pourrait compromettre son procès, sans remettre en cause sa responsabilité au moment des faits. Des détentions mal vécues par des détenus isolés et, avant ça, une vie de misère. "La guerre", "la faim" : "pour qu'ils soient bien jugés, il faudra que la cour comprenne de quel enfer ils viennent", explique l'avocat de l'un des accusés, Martin Reynaud.

"Expliquer" mais pas "excuser", insiste l'avocat, pleinement conscient de la "douleur" des parties civiles, dont la veuve et les deux filles du couple.