Le coéquipier d'Aurélie Fouquet raconte "l'enfer"

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Le coéquipier d'Aurélie Fouquet raconte "l'enfer"
La tombe d'Aurélie Fouquet@ MIGUEL MEDINA / AFP
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Thierry Moreau, coéquipier d'Aurélie Fouquet a témoigné lors du procès des meurtriers présumés de la jeune policière, victime en 2010 d'une fusillade à Villiers-sur-Marne.

Il s’est présenté comme le "survivant" d’une tuerie. Thierry Moreau, coéquipier d'Aurélie Fouquet, a témoigné jeudi lors du procès des meurtriers présumés de la jeune policière, victime en 2010 d'une fusillade à Villiers-sur-Marne. Neuf hommes dont une figure du banditisme, Redoine Faïd, sont jugés jusqu'à la mi-avril pour avoir participé, de près ou de loin, au braquage avorté qui s'est fini par la mort d'Aurélie Fouquet. C’est la toute première fois que Thierry Moreau, qui était dans le même véhicule qu’Aurélie Fouquet le jour du drame, raconte comment il a vécu cette fusillade mortelle à laquelle il a miraculeusement échappé.

"L’enfer a commencé". Le temps s'est arrêté à la cour d'assises de Paris. Solidement appuyé à la barre, Thierry Moreau, policier municipal de 46 ans, raconte comment ils sont arrivés à ce fameux carrefour avec Aurélie Fouquet. Ce 20 mai 2010 au matin, il conduit un véhicule de la police municipale avec à ses côtés Aurélie Fouquet, lorsqu'il est alerté sur une fusillade en cours sur l'autoroute proche. Peu après, les deux policiers voient une camionnette blanche en travers sur la chaussée. "On s'est dit : 'qu'est-ce que c'est que ce bordel ?' Quand Aurélie a actionné les gyrophares, ça a commencé, l'enfer", raconte-t-il.

"J'ai vu toute ma vie défiler". Thierry Moreau voit alors deux braqueurs. "Les tirs ont commencé instantanément. Ça a duré une éternité. J'ai vu toute ma vie défiler", poursuit-il. Il se rappelle aussi du bruit des balles, de l'odeur de la poudre, et du sang de sa collègue. Le policier municipal se couche en entraînant sa collègue pour la protéger. Une fois les tirs finis, il constate qu'Aurélie Fouquet est très gravement blessée. "J'ouvre la porte, je l'aide à sortir. J'ai vu un individu avec une kalachnikov, je me suis dit qu'il allait nous achever. J'ai tiré cinq cartouches avec la certitude d'avoir touché l'un deux."

Les derniers mots qu'elle m'a dit c'est : "continue à tirer, je n'ai pas envie de mourir"

"La pitchoune n'aurait pas voulu que je baisse les bras". Plusieurs fois, Thierry Moreau s'interrompt, submergé par l'émotion, quand il parle d'Aurélie qu'il appelait "la pitchoune". "Les derniers mots qu'elle m'a dit c'est : 'continue à tirer, je n'ai pas envie de mourir'", confie-t-il. La salle retient ses larmes, mais pas la famille d'Aurélie Fouquet, qui entend ce récit pour la première fois.

Quand l'avocat général demande au policier municipal pourquoi il n'a pas voulu de mutation, pourquoi depuis six ans, il continue à patrouiller tous les jours sur les lieux du drame. Il répond : "je pense que ‘la pitchoune’ n'aurait pas voulu que je baisse les bras. La promesse que je lui ai faite c'est que tant que les coupables n'auront pas le courage d'assumer leurs actes, je ne partirai pas de Villiers-sur-Marne". Des mots très forts prononcés devant des accusés impassibles.