La culture du "flag" au cœur du procès des braqueurs lyonnais

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La culture du "flag" au cœur du procès des braqueurs lyonnais
@ Max PPP
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La cour d'assises du Rhône juge à partir de lundi les six suspects d'un spectaculaire braquage à Lyon en 2010. Les méthodes de la police seront au cœur des débats.

C'est un procès au double enjeu qui s'ouvre lundi devant la cour d'assises du Rhône. Six suspects comparaissent pour le spectaculaire braquage du bureau de change Global Cash, à Lyon, en 2010. Les prévenus, pour la plupart récidivistes, étaient suivis depuis plusieurs mois par les enquêteurs de la Police judiciaire lyonnaise. Mais ces derniers ne sont pas intervenus en constatant le projet de braquage des malfaiteurs. Les méthodes contestées de l'antigang, sous l'ère de l'ex-superflic Michel Neyret, seront donc au cœur de ce procès qui doit durer deux semaines.

Meule thermique, kalachnikovs et prise d'otage. Il est environ 15 heures, ce 24 septembre 2010. Une puissante berline allemande, volée, s'arrête devant l'enseigne Global Cash, à deux pas de l'hôtel de ville. Cagoulés et gantés, cinq hommes sortent du véhicule. Trois pénètrent dans le bureau de change pour en ressortir rapidement, non sans avoir préalablement découpé, à la meule thermique, le sas d'entrée du fonds de commerce.

Pendant ces quelques minutes, les deux autres hommes, kalachnikov et fusil mitrailleur en main, tiennent en respect les badauds ahuris, hésitant entre vrai braquage ou tournage d'un polar. La réalité de la scène va cependant leur sauter aux yeux lorsque l'un des quidams est attrapé sans ménagement par l'un des malfaiteurs et embarqué dans la Mercedes pour protéger leur fuite.

Les braqueurs, filant le long du Rhône, n'hésitent pas à tirer à l'arme de guerre pour se frayer un passage dans le trafic. Au volant de sa voiture, un étudiant de 24 ans reçoit une balle de 7,62 mm dans la jambe. L'équipée arrive à prendre la fuite avec en poche un butin qui, selon les sources, varie entre 100.000 et 240.000 euros. Des "cacahuètes", selon les termes d'un des accusés.

braquage lyon 2010 bureau de change global cash

© Max PPP

Les policiers et la culture du "flag". La réponse policière ne se fait pas attendre. Le lendemain, au petit matin, les premières interpellations tombent dans la banlieue lyonnaise. D'autant plus facilement que les hommes de la brigade de recherche et d'intervention (BRI), l'ex-antigang de la PJ, filent ces suspects depuis fin août, de jour et surtout de nuit, pour une autre affaire.

Sous la direction du commissaire Neyret, les policiers surveillaient leurs allées et venues dans l'agglomération, leurs expéditions le long de la frontière franco-suisse où sont dérobées des "vagos" (voiture en argot des cités) aux cylindrées surpuissantes pour "monter" au braquage. Ce 24 septembre, la vingtaine de policiers de la BRI est d'ailleurs sur le pont. Ils ont assisté au départ des suspects gantés, cagoulés et armés. Mais ont perdu contact avec leurs cibles une poignée de minutes avant le braquage.

Les méthodes décriées de l'antigang, notamment la culture du "flag" (le fait d'interpeller des suspects en flagrant délit, notamment pour qu'ils soient condamnés à des peines plus lourdes), devraient donc planer sur les débats. Fallait-il intervenir plus tôt, au risque d'une fusillade dans les rues de Lyon ? Non, estime la police. Oui, rétorque un avocat de la défense, Me David Metaxas : "pourquoi n'ont-ils rien fait ? Il faut prendre le mal à la racine. Le 'flag', il va falloir aller l'expliquer au jeune qui s'est vu mourir". Décidé à instruire le procès des méthodes de l'antigang à la sauce Neyret, le conseil demande l'audition du flic déchu comme témoin. Le hic, c'est que dans la ténébreuse affaire de l'ex-commissaire, tous deux sont mis en examen avec interdiction de se rencontrer.

La perpétuité encourue. Renvoyés notamment pour "vol en bande organisée avec arme" et "participation à une association de malfaiteurs", ces six accusés âgés de 23 à 33 ans - les cinq présumés braqueurs et un complice - risquent jusqu'à 30 ans de prison, voire la perpétuité pour ceux en situation de récidive.