La Courneuve : que sait-on des "enfants sauvages" reclus ?

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La Courneuve : que sait-on des "enfants sauvages" reclus ?
@ Capture écran BFMTV
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LA QUESTION - Les enfants, âgés de 2 à 6 ans, n'ont jamais été déclarés à l'Etat civil. Ce qui a empêché leur suivi par les services sociaux.

Comment les enfants reclus de la Courneuve ont-ils pu échapper aux contrôles des services sociaux ? C'est la question qui se pose après la découverte, début février, de trois enfants vivant reclus dans un appartement de la cité des 4.000, en Seine-Saint-Denis. Selon les premiers éléments de l'enquête, les enfants âgés de 2 à 6 ans n'ont jamais vu la lumière du jour et n'ont donc, de fait, aucune existence légale, pas le moindre acte d'Etat civil. Comment une telle situation est-elle possible ? Europe 1 vous résume l'affaire.

L'hôpital donne l'alerte. La famille, d'origine indienne, vivait depuis près de six ans dans cet immeuble délabré de 300 mètres de long. Mais ce n'est qu'en janvier, lorsque la maman a accouché de sa petite dernière, que l'hôpital Jean-Verdier de Bondy a donné l'alerte. L'équipe soignante a en effet été alertée par l'absence de suivi de la grossesse de la mère de famille. L'histoire remonte alors à la police qui se rend rapidement à l'appartement familial.

Des enfants "sauvages". Là, dans l’appartement situé au septième étage de l'immeuble, les enquêteurs découvrent des matelas entassés au sol, sur lesquels les enfants passaient la majorité de leur temps. Ni mobilier, ni jouet, rien ne laisse penser que des enfants vivent ici. Selon les premières expertises médicales et psychologiques, les trois jeunes garçons souffrent de troubles psycho-moteurs et de malnutrition. Et pour cause, aucun d'entre eux n'a fait l'objet d'un suivi médical. Ils ne sont donc pas vaccinés et savent à peine parler et marcher.

Des enfants fantômes. Mais alors, comment ce couple, qui percevait pourtant jusqu'à 1.300 euros d'allocations familiales, a-t-il pu passer entre les mailles des services sociaux ? La faille remonte à leur naissance. Les enfants n'ont en effet pas été déclarés et personne ne savait donc qu'ils existaient. La mairie de la Courneuve, qu'Europe 1 a contacté, ne retrouve en effet aucune existence légale de ces enfants.

Signalés sur aucun "écran radar". Le Conseil Général précise, de son côté, qu'il ne connaissait que le couple. L'homme avait déposé plusieurs dossiers de Fond Solidarité Logement, pour renflouer des loyers impayés. Mais les services sociaux, pour leur part, ne savaient absolument pas que des enfants vivaient dans cet appartement. Du coup, impossible d'assurer un suivi. Inconnus à la mairie, au Conseil Général, mais aussi à l'école, puisque aucun enfant n'a l'obligation d'être scolarisé avant l'âge de 6 ans. Ils avaient ainsi disparu de tous les écrans radars.

"Ils ont dû être très bien cachés". Du côté du voisinage, les enfants passaient tout autant inaperçus. Certains voisins connaissaient le couple, "plutôt discret", mais n'avaient pas connaissance des trois enfants. Le voisin de palier raconte qu'il a parfois entendu des pleurs, qui provenaient de l'appartement, mais qu'il n'a jamais vu d'enfants. La plupart des voisins pensaient même que le couple vivait seul.

"J'ai été étonné d'apprendre que les enfants soient restés enfermés", commente une voisine au micro d'Europe 1. "Ça m'étonne, dans le sens où on aurait entendu du bruit, ou des rumeurs. Une famille qui a des enfants, on s'en apercevrait. Vraiment, ils ont dû être très bien cachés, ils n'ont jamais vu le jour et personne n'a vu quoique ce soit. Mais il y a un souci", s'étonne un autre.

Sept ans de prison encourus. Placés en garde à vue, le père, âgé de 33 ans, et la mère, 27 ans, ont semblé ne pas avoir "pris conscience" de la situation. Aux enquêteurs, le père a expliqué qu'il refusait d'emmener ses enfants chez le médecin, et a assuré qu'il comptait les envoyer à l'école quand ils sauraient marcher. La mère a pour sa part déclaré qu'elle était "une mère normale". Parlant très mal le français, elle souffre d'un certain retard intellectuel. Tout deux ont été mis en examen pour "privations de soins par ascendant" et ils ont été placés en détention. Ce délit, lorsqu'il compromet la santé d'un enfant, est puni de 7 ans de prison et de 100.000 euros d'amende.