L'héritier du caviar jugé pour viol
Le palais de justice de Paris © MAXPPP

Cyril de Lalagade est soupçonné d'avoir drogué, violé et torturé des jeunes femmes.

Sexe, drogue et caviar. C'est le cocktail explosif qui a rythmé la vie de Cyril de Lalagade pendant de nombreuses années. Aujourd'hui âgé de 43 ans, l'héritier de la société Caviar Volga, la référence française en matière de caviar, est jugé aux assises de Paris pour "viols avec plusieurs circonstances aggravantes et torture ou actes de barbarie". Deux jeunes femmes se sont constituées parties civiles. Le procès, qui s'est ouvert lundi, se tiendra à huis-clos.

Né sous une bonne étoile. Cyril de Lalagade est né avec une petite cuillère en argent, remplie de caviar, dans la bouche. Il est en effet le petit-fils du créateur de la société Caviar Volga, mandatée par l'URSS pour vendre du caviar soviétique en France, et du restaurant spécialisé La maison du caviar, ouvert en 1956 pour populariser le caviar iranien. Après le divorce de ses parents, il est élevé par Minouche, sa grand-mère, dans un immense appartement de la très chic avenue Foch, au milieu des oeuvres d'art et des tableaux de maîtres.

Poursuivi par le FBI. Après un bac obtenu avec mention, Cyril de Lalagade ne parvient pas à obtenir son Deug de sciences-éco. Il est aussi réformé du service militaire pour "difficultés d'adaptation". Sa grand-mère l'envoie alors aux Etats-Unis pour qu'il y développe l'activité de la famille. Mais  l'aventure tourne court. C'est en passager clandestin d'un voilier que le jeune homme rentre précipitamment en 2000 en France. Et pour cause, ce n'est pas moins que le FBI qui le recherche pour trafic de drogue.

Marathons sexuels. A son retour, la généreuse grand-mère lui offre un emploi qualifié de "théorique". Ses 7.000 euros de salaire mensuel lui servent à organiser de véritables orgies dans l'appartement de l'avenue Foch ou dans des suites de palaces parisiens. Drogue à volonté et marathons sexuels sont alors au programme.

Free-base et kétamine. Outre la cocaïne, Cyril de Lalagade fournit les filles en free-base, connu pour rendre accroc très rapidement. Il est aussi accusé de s'être fait livré de la kétamine, un anesthésiant pour animaux aux effets semblables à la drogue des violeurs, par un infirmier d'un hôpital parisien.

Dépendance toxicologique et affective. Parmi toutes ses conquêtes d'un soir, certaines deviennent plus régulières. Selon l'accusation, Cyril de Lalagade parvenait à placer des jeunes femmes en état de dépendance toxicologique et affective, et avait avec elles des relations sexuelles souvent violentes. Deux d'entre elles le poursuivent aujourd'hui devant les assises.

Réduites à l'état d'objets sexuels. La première, rencontrée fin 2004 chez le fils d'un chef d'Etat africain, est alors en cure de désintoxication. Lalagade la fait replonger et en fait son objet sexuel, selon les dires de la jeune femme. "Je lui disais que je ne voulais pas mais il m'enc... à sec et me faisait des soufflettes de [fumée de] free-base dans le sexe. Ça fait très mal. Il adorait ça", a-t-elle raconté aux enquêteurs, selon Le Monde.

"Comme une poupée gonflable". "J'ai été totalement soumise à Cyril de Lalagade. Je n'étais même plus vivante, j'étais un zombie, complètement vide. J'étais sa possession. [...] Le schéma était systématiquement le même : il me droguait, il abusait de moi. [...] C'était du sexe dix-sept heures par jour. [...] Il me traitait comme une poupée gonflable, comme un chien", dira-t-elle encore au juge d'instruction, selon Le Nouvel Obs.

Lalagade était aussi un adepte des brûlures au briquet chalumeau. "C'était son délire. A chaque fois qu'on se voyait, le chalumeau était là", assure de son côté l'autre jeune femme, qui s'est aussi portée partie civile.

Indic des stups. Bien connu des services de police et de la justice, Cyril de Lalagade a été plusieurs fois jugé pour trafic de drogue. Mais l'héritier doré était aussi l'un des indics de la brigade des stups. D'autres de ses relations ont également été pointées du doigt pendant l'enquête. Ainsi, Cyril s'était lié d'amitié avec un substitut du procureur de Paris. Le magistrat a entretenu pendant plusieurs années une relation avec sa mère.

Pas de contrainte, assure la défense. Pour la défense de Cyril de Lalagade, aucun des rapports qu'a eu l'héritier avec le jeunes femmes n'a été contraint. "Je ne vous dis pas que mon client est un modèle, loin de là. Condamnez-le moralement si vous voulez. Mais ce n'est pas une raison pour l'accuser d'un crime qu'il n'a pas commis", déclare Me Jean-Yves Le Borgne, au Point. Les relations que Lalagade entretient avec ses victimes seront donc au coeur du procès.