L'explosion de la délinquance, mythe ou réalité ?

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L'explosion de la délinquance, mythe ou réalité ?
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Valls a qualifié de "tromperie" les chiffres publiés mardi par Le Figaro. Qu'en est-il vraiment?

L’INFO.Le Figaro parle de "mauvais chiffres" et l’Intérieur crie à la "tromperie". Les chiffres de la délinquance publiés mardi par Le Figaro font l’objet d’une vive controverse. Le tableau statistique diffusé par le quotidien fait état d’une augmentation globale, des violences contre les personnes jusqu'aux cambriolages, mais le ministre de l'Intérieur en conteste pour sa part la validité. Explications.

Plusieurs indicateurs explosent. Selon le quotidien, le "baromètre Valls", "nouvel outil d'analyse" du ministère qu'il dit s'être procuré, révèle une hausse, d'août 2012, peu après l'arrivée de la gauche au pouvoir, à juillet 2013, des atteintes à l'intégrité physique (+2,9%)  et aux biens (+3,5%). Les violences sexuelles (+10,4%) et les cambriolages (+9,3%) explosent particulièrement, d'après ces "nouveaux indicateurs d'activité des forces de l'ordre" cités par le journal.

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Beauvau dénonce une interprétation biaisée. "Une nouvelle fois, les éléments rapportés par LeFigaro dans son édition de ce jour méconnaissent les avertissements et les règles méthodologiques rappelées par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP)", proteste le ministère de l'Intérieur dans un communiqué. Selon lui, il est "désormais établi que les pratiques de "nettoyage statistique" qui avaient cours jusqu'en 2012 sont de nature à fausser fortement la base de comparaison". Concrètement, comme le pointait du doigt en juin dernier un rapport de l'inspection générale de l'administration (IGA), environ 130.000 délits étaient tous les ans déclassifiés en tant que contraventions, et n'apparaissaient donc pas dans les statistiques. Selon le rapport de l'IGA, cette pratique, en cours depuis 2006, a conduit à sous-estimer les chiffres de la délinquance.

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D'autres points sont contestés par le ministère. Selon Le Figaro, les constats sur douze mois des infractions aux conditions d'entrée et de séjour des étrangers baissent de 56,8% sur douze mois, passant de 79.445 à 34.267 en juillet. Dans ses colonnes, l'ex-ministre UMP de l'Intérieur Brice Hortefeux juge que "c'est le signe que la France a ouvert les vannes de l'immigration". Le ministère assure lui que cela découle en partie d'une décision de la Cour de cassation de juillet 2012, et que dire le contraire, comme le fait le quotidien, "relève d'une tromperie inadmissible".

La baisse d’activité des policiers pointée du doigt. Enfin, Le Figaro écrit que les "missions opérationnelles" de la gendarmerie ont chuté de 10,2% et celles de la police en tenue de 2,2%: "au total, les forces de l'ordre ont collectivement diminué leur présence de 2,5 millions d'heures sur le terrain en un an", assure le journal. Là aussi, le ministère dénonce un "contresens complet" et met en cause la "diminution des effectifs" voulue par l'ancienne majorité de droite. A partir du 1er décembre prochain, plus de 2.000 policiers formés en 2013 vont arriver sur le terrain, précise Beauvau.

Une controverse sans fondement. Reste que, pour les criminologues, la polémique est vaine car, les baromètres utilisés pour mesurer la délinquance étant différents pour chaque période, toute comparaison se révèle impossible. Selon le criminologue Alain Bauer, "il y a une "interprétation partisane" des chiffres. "On ne peut rien comparer sur 2012", ajoute-t-il, la gendarmerie "stocke de vieux chiffres qu'elle mouline et ressasse avec son nouveau logiciel. C'est sans fin".