Kiejman-Metzner, des coups de maîtres

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Kiejman-Metzner, des coups de maîtres
@ REUTERS
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Le procès, mercredi, de Me Kiejman, attaqué par Me Metzner, n’est qu’un épisode de leur conflit.

Dans le coin droit, Olivier Metzner, 60 ans, avocat spécialiste du droit pénal des affaires, conseil -entre autres- de Jean-Marie Messier, Jérôme Kerviel, Dominique de Villepin, Bertrand Cantat ou encore François Bettencourt-Meyers, fille de Liliane Bettencourt. Dans le coin gauche, Georges Kiejman, 78 ans, défenseur -notamment- de Charlie Hebdo, Roman Polanski, de la famille de Marie Trintignant, mais aussi de… Liliane Bettencourt.

Ces deux-là font partie des avocats les plus célèbres -et les plus chers- de la place de Paris. Et ils se détestent cordialement. Une haine réciproque qui connaîtra mercredi une sorte de paroxysme -mais pas sa conclusion-, avec le procès de Georges Kiejman, attaqué par Olivier Metzner pour diffamation. Le rendez-vous a été fixé à 14h30, et la joute promet.

"Je salue pire que les mufles, je salue les voyous"

Le premier round de ce combat entre les deux éminents confrères s’est tenu en 2003 à Vilnius, à l’occasion du procès de Bertrand Cantat, jugé pour le meurtre de Marie Trintignant. En Lituanie, Olivier Metzner, qui défend le chanteur de Noir Désir, insinue que la victime était "hystérique". La famille de l’actrice est outrée, comme celui qui les représente, Georges Kiejman, qui parle de "propos inadmissibles".

En découle une colère froide, qui se transformera en haine féroce avec l’affaire Bettencourt. Le 19 décembre 2007, Françoise Bettencourt porte plainte contre François-Marie Banier pour "abus de faiblesse" à l’encontre de sa mère. Liliane Bettencourt tient à se défendre. Le choc entre les deux ténors du barreau est alors inévitable. Et il donnera lieu à des échanges quasiment inédits dans un tribunal.

Le premier coup est porté le 15 avril dernier, lors d’une audience publique à Nanterre, par Georges Kiejman, qui traite son confrère de "mufle". Le 1er juillet, à l’occasion d’une autre audience, et alors que Georges Kiejman lui tend la main, Olivier Metzner ironise : "vous saluez les mufles maintenant ? " Réponse : "Je salue pire que les mufles, je salue les voyous". Ambiance…

"Mon revers de la gauche est connu"

C’est lors de cette même audience que la tension atteindra son point d’orgue. Alors que Georges Kiejman tente une mise en scène dont il a le secret, en donnant à Françoise Bettencourt un chèque d’un euro, soit la somme qu’elle réclame à François-Marie Banier, la riposte de maître Metzner est cinglante. "Moi", a-t-il lancé après avoir ostensiblement déchiré le chèque, "je n'accepte pas que ce qui est demandé à M. Banier soit payé par Mme Bettencourt. Même pour un euro, il fait appel à Mme Bettencourt. C'est extraordinaire!".

Quelques minutes plus tard, Georges Kiejman, visiblement contrit par son échec, explose à une remarque de son adversaire. "Ne me cherchez pas !" Puis, se tournant vers la présidente : "Qu'il ne me cherche pas ou ce sera terrible pour lui !" "Serait-ce une menace ?", questionne alors Isabelle Prévost-Desprez dans un sourire. "Mon revers de la gauche est connu", plastronne alors l’avocat.

Mais le duel entre les deux hâbleurs ne se limite pas aux prétoires. Le 2 juillet, lendemain de cette bouillante audience, Olivier Metzner se lâche sur BFM : "Georges Kiejman commence à être atteint par les symptômes de sénilité qui frappent sa cliente", ose-t-il. Son rival s’était pour sa part exprimé dans la sphère privée, mais ses propos ont été révélés par les écoutes effectuées par l’ancien maître d’hôtel de Liliane Bettencourt. "Il prend des airs pompeux, mais c’est quelqu’un qu’il est facile de décontenancer. Un peu d’ironie et puis voilà", disait Georges Kiejman de son meilleur ennemi.

"Le cerveau et le complice"

Mais c’est pour des paroles tenues à la fin du mois de juin que Georges Kiejman est jugé mercredi. A l’AFP, l’avocat avait déclaré qu’il tenait Françoise Bettencourt et Olivier Metzner pour les instigateurs de l'"espionnage". Il présentait même son confrère comme "le cerveau et le complice". La phrase de trop pour Olivier Metzner, qui a donc décidé de porter l’affaire en justice.

Cette liste non exhaustive des accrochages entre les deux avocats est probablement loin d’être clôturée. Car l’affaire Bettencourt et ses multiples volets pourraient encore durer de longs mois. De quoi largement laisser aux maîtres Kiejman et Metzner le temps de s’envoyer encore quelques amabilités bien senties. Et, reconnaissons-le, de réjouir un peu plus les observateurs de l’affaire.