Grâce à l'ADN, il est jugé 20 ans après le meurtre d'une enfant

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Grâce à l'ADN, il est jugé 20 ans après le meurtre d'une enfant
Les gendarmes à l'endroit où le corps de Saïda Berch le 26 novembre 1996.@ STRINGER / AFP
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COLD CASE - Georges Pouille a été identifié plus de 20 ans après les faits grâce au progrès des analyses ADN. Il est jugé pour le meurtre d'une fillette en 1996 et accusé d'un meurtre similaire cinq ans plus tôt.

Les parents de Saïda Berch attendent des explications depuis plus de 20 ans. Ils se sont confrontés à un silence, mercredi, à l’ouverture du procès de Georges Pouille, jugé pour le meurtre de leur fillette en 1996. L’homme, aujourd’hui âgé de 40 ans, est resté mutique à l'ouverture de son procès devant la cour d'assises de l'Isère. L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il doit en outre être jugé ultérieurement par un tribunal pour enfants pour l'assassinat et la tentative de viol de Sarah Syad, en 1991.

Ces deux affaires ont longtemps figuré dans la liste des neuf disparitions ou meurtres d'enfants non élucidés entre 1983 et 1996 en Isère.

Accusé du meurtre d’une autre fillette. Le 26 novembre 1996 au matin, le corps de Saïda Berch, 10 ans, est retrouvé dans un canal à Voreppe, deux jours après sa disparition. L'autopsie conclut à une mort par strangulation provoquée à l'aide du pull de la victime, sans détecter de sévices sexuels. A l’époque, l'audition de 500 personnes ne permet pas d'identifier le jeune homme en VTT qui l'accompagnait peu avant sa disparition. Le 28 septembre 1999, l'instruction aboutit à un non-lieu.

Sept ans plus tard, en avril 2006, le dossier est rouvert à la faveur d'un rapprochement avec une autre affaire, celle du meurtre de Sarah Syad, une fillette de six ans, le 16 avril 1991, dans la même commune de Voreppe. L'enfant avait disparu alors qu'elle jouait près de son domicile. Elle avait été retrouvée dans un bois, étranglée, avec du sperme sur sa chemise.

Confondu grâce aux progrès des analyses ADN. Après plusieurs analyses génétiques infructueuses, une expertise confiée en 2013 à un laboratoire de Bordeaux, a permis d'identifier un profil ADN de sexe masculin, notamment sur les manches du sweat-shirt ayant servi à étrangler Saïda Berch.

Pour les deux fillettes, un même agresseur : Georges Pouille, âgé de 15 ans à l'époque du premier meurtre. Et fiché à la suite de deux infractions commises en 2005 et 2008, notamment pour conduite sous l'emprise de stupéfiants. Vivant en concubinage, père d'un jeune enfant, il avait continué de vivre dans le même quartier, fréquentant les frères et sœurs des victimes, et confiant même son fils aux soins de la mère de Sarah Syad. Entendu par les gendarmes en 1996 dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de Saïda Berch, il n'avait pas été inquiété faute d'éléments à charge.

Un prévenu qui se terre dans le silence. Placé en garde à vue en juillet 2013, il a reconnu en partie les faits, disant que "le diable était entré en lui". Avant de se rétracter au cours de l'instruction, durant laquelle il refusait de se prêter à de nouvelles analyses génétiques ou de participer à une reconstitution.

Le procès qui s’est ouvert mercredi s’annonce donc frustrant pour la famille de la victime qui attend des explications. Regard dans le vide, presque chauve à l'exception de longs cheveux à l'arrière du crâne, teint blême, Georges Pouille n'a prononcé que quelques mots inintelligibles en fin de matinée, avant de rejeter violemment le micro qu'on tendait vers lui. "Je n'ai rien à dire", a déclaré l'accusé alors que le président de la cour lui demandait de décliner son identité. "Je suis pas d'accord pratiquement avec tout. Je ne veux parler qu'avec mes avocats", aurait-il ajouté, selon l'interprétation de ces derniers.

Il souffre d’un retard mental. L'enquêtrice de personnalité a ensuite décrit à la barre le parcours d'un "enfant chétif, à la santé fragile", "assez mou, assez passif" ayant grandi dans un climat familial "très tendu", marqué par la violence du père. Une enfance qualifiée "d'enfer", par lui et ses frères. La nuit, "Georges se réfugiait souvent dans le panier du chien", raconte-t-elle. A l'adolescence, il alterne les fugues, les moments d'errance et les bagarres au collège. Il se met à consommer puis à dealer du cannabis.

Atteint de la maladie de Steinert, qui provoque une dégénérescence musculaire parfois associée à un retard mental, il est reconnu comme adulte handicapé au début des années 2000 et vit dans un certain repli avec sa compagne, affectée d'un léger handicap mental, et leur jeune fils. Un homme calme qui "n'inspire pas de crainte particulière" à son entourage mais qui peut aussi être impulsif, projeter son fils contre un mur ou frapper sa femme enceinte, a décrit l'enquêtrice.

"C'est un dossier extrêmement difficile. On n'a pas beaucoup d'éclairages pour comprendre. Il faudra sans doute fouiller dans les tréfonds de sa personnalité à l'aide des experts", reconnaît l’un de ses avocats Me Dreyfus, évoquant "une problématique d'adéquation à la réalité : comme si deux hommes galopaient côte à côte dans le même corps".