Incendie du bd Auriol : 60.000 € d'amende

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Incendie du bd Auriol : 60.000 € d'amende
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La justice a condamné deux personnes morales pour l'incendie meurtrier de 2005.

L'association France Euro Habitat et l'entreprise Paris Banlieue Construction ont été condamnées jeudi à payer chacune une amende de 30.000 euros, à l'issue du procès de l'incendie du boulevard Vincent Auriol. En 2005, il avait dévasté un immeuble vétuste du XIIIème arrondissement de Paris, faisant 17 morts, dont 14 enfants, brûlés dans leur sommeil.

L'enquête n'avait pas permis de découvrir les auteurs de l'incendie, d'origine criminelle selon les experts. Ce procès avait donc pour objet de juger l'association qui gérait l'immeuble, France Euro Habitat, spécialisée dans le logement social et affiliée à Emmaüs et l'entreprise Paris Banlieue Construction, qui y avait effectué des travaux.

"Ça ne peut pas nous rendre nos enfants"

Mais pour les familles des victimes cette condamnation ne résout rien, notamment parce que la lumière n'a pas été faite sur l'auteur de l'incendie. L'incendiaire court toujours et c'est bien ça qui préocuppe l'une des mères de famille qui a perdu cinq de ses enfants dans l'incendie. "Ça ne peut pas nous rendre nos enfants qui sont décédés, ça ne peut pas rendre ça. On ne sera jamais tranquille tant que la justice ne sera pas faite", confie-t-elle au micro d'Europe 1.

Même son de cloche auprès d'un proche des victimes qui déplore qu'aucune réponse n'ait été apportée. "Aujourd'hui j'étais là pour savoir la vérité, aujourd'hui on nous a rien dit, on nous parle que d'argent. Ça fait six ans qu'on se bat pour savoir la vérité, six ans que ça traîne, ça me déçoit grave", réagit-il.

De son côté, l'association France Euro Habitat trouve ce jugement injuste et regrette de faire office de bouc émissaire. Son ancien président regrette que la justice n'ait pas demandé de compte à l'État dans ce procès. "L'histoire c'est quoi, c'est qu'il y avait des gens qui dormaient dehors, l'État nous a dit : 'on vous ouvre cet immeuble, vous logez ces familles dans cet immeuble là'. Qu'est ce qu'on avait comme alternative ? Les mettre à la porte ? Les mettre sur le trottoir et fermer, vider l'immeuble ? Et voila, il est arrivé ce drame", commente-t-il au micro d'Europe 1.

Dommages et intérêts

Lors de son réquisitoire, prononcé en octobre dernier, le procureur a fustigé leurs "négligences graves". Les prévenus avaient notamment posé sur les murs de la cage d'escalier du contreplaqué, hautement inflammable, transformant l'immeuble "en cercueil".

Il leur a également été reproché de ne pas avoir respecté d'autres "normes élémentaires de sécurité", comme la mise à disposition d'extincteurs. Le tribunal correctionnel de Paris a aussi condamné l'association et l'entreprise à payer des centaines de milliers d'euros de dommages et intérêts.

Des "prévenus par défaut"

130 personnes habitaient dans le bâtiment au moment du drame, majoritairement originaires de Côte d'Ivoire et du Mali. Elles y avaient été installées quinze ans plus tôt, en attente de relogement, et ne devaient y habiter que provisoirement.

La défense s'en est d'ailleurs prise à l'Etat, accusé d'avoir failli à son engagement de reloger ces familles. Certains avocats des familles des victimes ont évoqué quant à eux un procès de "lampistes" et de "prévenus par défaut".