L'affaire de la "guerre des regards" devant la justice

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L'affaire de la "guerre des regards" devant la justice
@ AFP
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Le procès d'un homme accusé d'avoir assassiné par balles Clément, 24 ans, alors qu'il discutait avec un ami d'enfance dans sa voiture, en avril 2012, s'est ouvert lundi devant la cour d'assises de l'Essonne.

Deux amis d'enfance discutent dans une voiture, garée au fond d'une impasse à Angerville, dans l'Essonne. Puis les détonations : Clément, une balle dans la tête, succombe. Le mobile apparaît aussi futile qu'incertain : "une guerre des regards". Un mois avant le drame, la victime, âgée de 24 ans, s'accroche avec Youssef, l'accusé. Motif : le premier a salué le second "sans le regarder dans les yeux". Le principal suspect, jugé depuis lundi devant la cour d'assises de l'Essonne, nie être le tireur.

"Je suis accusé à tort". Cheveux ras, les doigts entrelacés devant lui et le regard planté sur ses pieds, l'accusé a commencé par contester "les faits qu'on (lui) reproche". "Je suis accusé à tort par des gens qui croient avoir raison", a-t-il lancé aux parties civiles, se posant systématiquement en victime.

Un bagarreur impulsif et immature. La scène est pourtant rapportée avec force et détails par Farouk, qui accompagnait son ami Clément côté passager, sorti miraculeusement indemne de la fusillade ce soir d'avril 2012 dans cette petite commune semi-rurale. Lui aussi a déjà eu affaire à Youssef, dépeint comme un bagarreur impulsif et immature, qui l'avait menacé deux ans auparavant avec une barre de fer, déjà pour "une histoire de regards".

Le jour des faits, l'accusé, au chômage depuis huit mois, zone dans le centre d'Angerville à bord de son Audi A3 qu'il ne quitte jamais, multipliant les allers-retours entre son domicile et le bourg. Sa route croise à plusieurs reprises celle de Clément et Farouk, qui traînent eux aussi en voiture, jusqu'à stationner définitivement sur le parking d'une résidence au bout d'un cul-de-sac, tout près du domicile de la victime.

Il tire sur la victime et prend la fuite. Alors qu'ils discutent, Farouk dit avoir aperçu Youssef se garer à quelques mètres d'eux, puis, peu après, s'avancer très lentement dans leur direction, tirer quatre fois côté conducteur et prendre la fuite. Une version contestée par l'accusé, qui reconnaît être passé sur les lieux une bonne demi-heure avant la fusillade pour se procurer du cannabis. Lors des coups de feu, il était déjà de retour dans le centre, assure-t-il. L'arme, elle, n'a jamais été retrouvée.

L'ami de la victime visée ? "Ses variations dans son emploi du temps le soir des faits, son incapacité à justifier l'importance de résidus de tirs retrouvés sur ses vêtements et dans sa voiture, ne laissent pas de doute sur sa culpabilité", affirme Me Jacques Bourdais, avocat des parents de la victime. "Il semblerait que ce n'est pas Clément qui était visé, mais plutôt son ami sur fond de trafic de stupéfiants", avance-t-il également, sans que cela n'ait été étayé par l'instruction.
L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi.