Fusillade de Carcassonne: les paras jugés

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Fusillade de Carcassonne: les paras jugés
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A partir de mercredi, six militaires sont jugés pour avoir blessé 16 civils dans une caserne en 2008.

Près de cinq ans après le drame, la fusillade de Carcassonne arrive mercredi devant le tribunal correctionnel de Montpellier, dans l'Hérault. Le sergent Nicolas Vizioz y est jugé avec cinq autres militaires ou ex-militaires pour "blessures involontaires". Retour sur ce fait divers qui a semé la panique dans l'assistance et provoqué la démission du chef d'état-major de l'armée de terre.

Négligence aux portes ouvertes. Le 29 juin 2008, le sergent Nicolas Vizioz, 33 ans, qui participe à la journée portes ouvertes du 3e régiment de parachutistes d'infanterie de Marine (RPIMa) à Carcassonne ouvre le feu lors d'une démonstration de libération d'otages. Ce sergent très expérimenté a chargé son fusil d'assaut pourtant doté d'un BTB (bouchon de tir à blanc) avec des munitions réelles en lieu et place de cartouches à blanc. Il ne s'est absolument pas rendu compte qu'il tirait un mélange de balles à blanc et de balles réelles de guerre.

16 civils blessés. Dans la foule, 16 civils, dont cinq enfants, sont blessés par ces tirs. Le père d'une des victimes se souvient encore au micro d'Europe 1. "Il s'est mis à courir, il a reçu un premier impact et un deuxième impact plus important qui l'a projeté à terre. C'est un drame, c'est vraiment dramatique", se rappelle-t-il.

"Un acte absolument pas prémédité". Le sergent Vizioz, dont les analyses ont démontré qu'il n'avait consommé ni substance interdite ni alcool, n'a jamais pu fournir d'explications tout au long des presque cinq années d'instruction. Il était certain de tirer à blanc. Il a esquissé un début explication en reconnaissant avoir conservé quelques jours avant les faits un demi-chargeur qu'il aurait pu malencontreusement mélanger. "Il s'est trompé lorsqu'il a rechargé son arme. Cet acte n'était absolument pas prémédité, je suis très clair sur ce point. Il s'agit d'une maladresse, d'une erreur humaine, mais absolument pas d'une volonté de nuire", confirme le procureur au micro d'Europe 1.

Six militaires ou ex jugés. Outre Nicolas Vizioz - révoqué sans droit à la retraite après les faits - cinq autres militaires ou anciens militaires sont jugés à Montpellier. Il s'agit du lieutenant Christophe Allard, son supérieur direct, le capitaine Hugues Bonningues, le capitaine Jean-Baptiste Pothier, le lieutenant-colonel Lionel Peyre et le colonel Frédéric Merveilleux du Vignaux, qui quittait son poste de chef de corps. Sur le plan disciplinaire Peyre et Merveilleux du Vignaux ont écopé de 30 jours d'arrêt, tout comme Bonningues radié des cadres en 2010. Allard avait lui pris 20 jours mais a démissionné. Enfin Pothier n'avait pas été sanctionné par l'armée.

Plusieurs négligences constatées. Hervé Gerbi, l'avocat de parties civiles explique que les victimes souhaitent "qu'on ne se serve pas de ce pauvre sergent Vizioz pour éluder tous les manquements graves dans la gestion des munitions". L'instruction a révélé que les spectateurs avaient été imprudemment placés dans l'axe du champ de tir de certains des militaires en démonstration. De plus, quelque 5.200 munitions de guerre grappillées au fil des années étaient par ailleurs irrégulièrement stockées dans un local du RPIMa afin de fournir des balles supplémentaires aux soldats lors des exercices, sans passer par la lourde procédure d'approvisionnement.

"Ce genre d'incident ne devait pas arriver". L'ancien président Nicolas Sarkozy s'était rendu sur place le lendemain des faits, dénonçant des "négligences inacceptables" et promettant des sanctions. Le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Bruno Cuche, avait démissionné dans la foulée. "Ce genre d'incident ne devait pas arriver. On ne joue pas avec la maîtrise des armes", avait alors assuré sur Europe 1 le général Georgelin, patron des armées.