Fraude fiscale : de la prison ferme et 250 millions d'euros d'amende requis pour Guy Wildenstein

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Fraude fiscale : de la prison ferme et 250 millions d'euros d'amende requis pour Guy Wildenstein
Le célèbre marchand d'art Guy Wildenstein risque deux ans en prison et 250 millions d'euros d'amende. @ AFP
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Quatre ans de prison dont deux avec sursis et une amende de 250 millions d'euros ont été requis à l'encontre du marchand d'art Guy Wildenstein.

Le parquet a requis jeudi quatre ans d'emprisonnement dont deux avec sursis et une colossale amende de 250 millions d'euros contre le marchand d'art Guy Wildenstein, dans ce qu'il a qualifié de "fraude fiscale la plus longue et la plus sophistiquée de la 5ème République".

Contre trois autres prévenus, deux avocats et un notaire, la procureure Monica d'Onofrio a requis des peines comprises entre deux ans d'emprisonnement avec sursis et trois ans d'emprisonnement dont deux avec sursis, ainsi que des amendes allant de 37.500 à un million d'euros. Contre un jeune héritier de la famille de marchands d'art, Alec Junior Wildenstein, le Parquet national financier (PNF) n'a requis que six mois d'emprisonnement avec sursis, jugeant qu'il était "beaucoup moins impliqué" que son oncle Guy, chef de la famille.

Est venu ensuite le tour de Northern Trust Fiduciary Services et Royal Bank of Canada Trust Company, structures basées à Guernesey et aux Bahamas gérant les "trusts" des Wildenstein, ces "tirelires" dans lesquelles les Wildenstein enregistraient leurs biens, selon l'expression de Monica D'Onofrio. Le PNF a requis contre chacune de ces sociétés l'amende "maximum" pour complicité de fraude fiscale, 187.500 euros. Les réquisitions étaient encore attendues contre une veuve de la famille, Liouba Stoupakova.

Le rappel des faits. Dans son réquisitoire, Monica d'Onofrio a décrit la "fraude fiscale la plus longue et la plus sophistiquée de la 5ème République", nécessitant "le concours de plusieurs protagonistes disséminés de par le monde", avec "la mise en place de procédés que les citoyens de ce monde ne supportent plus." Il est reproché aux Wildenstein d'avoir dissimulé, lors des décès en 2001 puis 2008 du patriarche Daniel puis de son fils aîné Alec, la plus grande partie de leur fortune : plusieurs milliards d'euros en immeubles de prestige et tableaux de maître.

Plus d'un demi-milliard d'euros réclamés. Le fisc français leur réclame, dans un contentieux parallèle au procès pénal, plus d'un demi-milliard d'euros. Les patriarches Daniel et Alec, très malades, ont fini leurs jours dans des immeubles de prestige à Paris, où ils avaient leur résidence fiscale, et où "les hôpitaux sont payés par nos impôts", a relevé Monica d'Onofrio. "Cette fortune apatride, elle est déclarée où ? Nulle part. Vous pensez que c'est une niche fiscale mondiale ? C'est une honte", a-t-elle insisté.

Des "impressionnistes" de la finance. À Guy Wildenstein, qui tout au long du procès s'est défendu d'avoir eu une connaissance approfondie des montages mis en place par son père et son frère, ou s'est retranché derrière sa culture anglo-saxonne pour justifier le recours à des "trusts", elle a lancé : "On n'hérite pas d'un délit ou d'un défaut de citoyenneté". La procureure a fustigé ces "impressionnistes de la finance qui se sentent Américain ou Suisse mais qui profitent de ce que ce pays (la France, ndlr) a de plus beau sans lui donner l'impôt dû".