Emelyne, privée de passeport : "je suis musulmane, pas terroriste"

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Emelyne, privée de passeport : "je suis musulmane, pas terroriste"
@ DAMIEN MEYER/AFP
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Cette convertie de 23 ans est frappée d'une interdiction de territoire depuis mai dernier. Elle conteste devant le tribunal administratif de Paris qui doit se prononcer mardi. 

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Son choix de se convertir à un islam des plus rigoureux avait alerté ses proches. Emelyne, 23 ans, est frappée depuis mai dernier par une interdiction de sortir du territoire. Mercredi dernier, la jeune femme a contesté devant le  tribunal administratif de Paris cette mesure dont elle fait l'objet. C'est la première fois que le tribunal est saisi sur ce sujet depuis que cette mesure destinée à entraver les départs des candidats au djihad a été adoptée dans le cadre de la loi antiterroriste.  Lors de l'audience, le rapporteur public avait demandé l'annulation de cette interdiction. L'instance doit se prononcer mardi.

>> Emelyne, dont la famille craignait qu'elle emprunte les chemins du djihad, s'est confiée au micro d'Europe 1.

Emelyne est originaire de Mulhouse, dans le Haut-Rhin. La jeune femme s'est convertie à l'islam à l'âge de 16 ans. Elle porte aujourd'hui le djilbab et reconnaît avoir une pratique rigoureuse de l'islam. Emelyne a la ferme volonté de vivre dans un pays musulman pour pratiquer "plus facilement sa foi". C'est ainsi qu'en mai, elle s'était vu opposer une interdiction de sortie de territoire à la suite d'une demande de passeport. Son projet ? "J’ai l’intention de postuler dans une université de théologie islamique, en Arabie-Saoudite et c’est pour ça que j’ai fait le passeport. Je voulais voyager aussi", assure la jeune femme au micro d'Europe 1.

"Je suis musulmane mais je ne suis pas terroriste". Problème, à l'époque, suite notamment au signalement de ses proches inquiets, le ministère de l'Intérieur estime que le projet d'Emelyne "manque de précision". En clair, le ministère craint que ce projet ne masque en réalité une volonté de rejoindre les terres de djihad, entre la Syrie et l'Irak. Une interdiction de territoire est donc prononcée à son encontre, comme le permet la loi antiterroriste. "En fait ils m’ont mis dans la catégorie des potentiels terroristes. Moi, je réponds que je suis innocente de leurs interrogations et que je me désavoue complètement des crimes que font ces terroristes", regrette Emelyne.

"Je veux vivre simplement ma religion et mes convictions ne les regardent en rien. C’est vrai que les amalgames sont vite faits, et parce qu’il y a quelques fêlés qui ont fait des attentats et des crimes. Mais ils mettent tout le monde dans la même case. Je suis musulmane mais je ne suis pas terroriste", déplore-t-elle.

"Je le vis comme une calomnie". Cette interdiction, la jeune femme "le vit comme une injustice". "On me montre du doigt. Je le vis comme une calomnie. Ça me porte préjudice maintenant. Mais à l’avenir, si je garde cette étiquette, personne n’aimerait être soupçonné (en permanence), devoir toujours se justifier, ça porte atteinte à ma liberté", avance Emelyne.

Une opinion partagée par le rapporteur public. A l'audience, ce dernier a demandé au tribunal d'annuler l'interdiction de sortie du territoire. Le magistrat a estimé que le ministère de l'Intérieur avait "commis une erreur manifeste d'appréciation en pensant qu'il existait des éléments sérieux" sur ses intentions d'aller en Syrie. Il a également demandé que soit ordonnée la restitution de sa carte d'identité et d'examiner sa demande de passeport. Réponse mardi.