Echirolles : les douze meurtriers présumés entendus

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Echirolles : les douze meurtriers présumés entendus
Les mères des deux victimes lâchent des colombes à l'occasion de la marche blanche organisée en octobre 2012.@ PHILIPPE DESMAZES / AFP
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A la cour d'assises des mineurs de Grenoble s'ouvre la cinquième semaine du procès des douze assassins présumés de Kevin et Sofiane, lynchés lors d'une rixe en octobre 2012.

Les douze jeunes accusés, qui jusque-là n'ont pas été très bavards, vont prendre la parole pour donner leur version des faits.

Un moment redouté par les familles des victimes.  La maman de Kevin, Aurélie Monkam-Noubissi, n'attend pas forcément grand-chose des accusés. "Cela fait trois ans et ils n'ont pas reconnu leur implication. Aucun d'entre eux n'a eu non plus de paroles de compassion. Ils sont toujours dans le déni. Donc je pense que, pour leur propre salut, il faut reconnaître le mal qu'on a fait. Il est important pour eux-mêmes de faire cette démarche, sinon il n'y a plus d'humanité en eux et ils sont pires que des animaux, ce que je ne veux pas croire. J'ai croisé leur regard, je les ai fixés. C'était comme un regard vide. L'un d'entre eux a pris la parole et a exprimé des regrets. Il est peut-être sincère, je ne peux pas sonder son cœur, mais il a dit qu'il n'avait pas participé. C'est toujours cette posture de déni et on a du mal à y croire", confesse-t-elle.

Un drame qui avait ému la France. Prévu jusqu'au 11 décembre, le procès de ce drame doit se tenir à huis clos, deux des accusés étant mineurs au moment des faits. Tout commence le 28 septembre 2012 par une bagarre devant un lycée d'Échirolles entre Wilfried, le frère de Kevin, et un autre garçon avec lequel il avait un contentieux au sujet d'une jeune fille. S'ensuivent des affrontements entre différents groupes des quartiers des Granges à Échirolles et de la Villeneuve à Grenoble. En début de soirée, une vingtaine de jeunes de la Villeneuve décident de venger "la fierté du quartier". Kevin, rejoint par son ami Sofiane, attend dans le parc Maurice Thorez d'Échirolles, demandant aux plus jeunes de rentrer chez eux. Marteau, manche de pioche, bouteille de vodka, pistolet à grenailles : le déchaînement de violence durera une vingtaine de minutes. Kevin, 21 ans, étudiant en master, est frappé de huit coups de couteau, dont un mortel au poumon. Sofiane, éducateur de 22 ans, est lui poignardé 31 fois, dont neuf fois dans le dos, et frappé au crâne avec un marteau. Il décédera le lendemain de multiples hémorragies internes. Face à l'émotion suscitée par ce drame, François Hollande et Manuel Valls s'étaient rendus sur place trois jours plus tard.

Le principe de "co-action" retenu. L'enquête a permis d'identifier la plupart des agresseurs, mais sans toutefois déterminer avec certitude qui a porté les coups mortels. Estimant que chacun d'eux avait contribué à la mort des victimes en les affaiblissant de leurs coups, la justice a retenu le principe de la "co-action" : les douze sont donc accusés d'avoir tué Kevin et Sofiane. Ils encourent 30 ans de réclusion criminelle.