Des fiches Stic, simple comme "bonjour"?

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Des fiches Stic, simple comme "bonjour"?
Plusieurs enquêtes ont été ouvertes après que des internautes ont abusé des policiers par téléphone.@ MAXPPP
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Plusieurs enquêtes ont été ouvertes après que des internautes ont abusé des policiers par téléphone.

Les faits. "Allô collègue ? On vient de procéder à une interpellation et on aurait besoin de la fiche Stic..." Obtenir une fiche de police qui recense les infractions - avérées ou non - commises par un individu, un document sensible et confidentiel, est-il vraiment aussi simple que cela ? Plusieurs enquêtes ont été ouvertes après la diffusion sur Internet d'enregistrements de conversations dans lesquelles des policiers communiquent les éléments des fiches Stic de plusieurs rappeurs à des plaisantins, révèle jeudi le site PC Impact.

Le couac. Plusieurs commissariats de Paris et d'Ile-de-France ont été victimes de ce mauvais canular dans les dernières semaines. Les pirates se faisaient passer pour des policiers qui venaient d'interpeller des délinquants. Ils demandaient ensuite à leur interlocuteur de se connecter au Stic pour "sortir" les fiches des personnes qu'ils affirmaient avoir interpellées.

Si certains policiers au bout du fil ont été bernés, d'autres ont été plus méfiants, demandant notamment le nom du prétendu collègue. Malins, les pirates n'ont alors pas hésité à menacer leur interlocuteur de sanction s'ils n'obtenaient pas les informations rapidement.

Les victimes. Plusieurs rappeurs ont été visés par ces demandes frauduleuses. Booba, La Fouine, Rohff, Joey Starr, Morsay, ou encore Cortex figurent parmi les victimes. Ce dernier a d'ailleurs publié une vidéo dans laquelle il reconnait que les informations divulguées à son égard sont justes.

Les auteurs. Les coups de fil aux commissariats ont été passés et enregistrés via le logiciel Skype. Les vidéos ont au départ été mises en ligne sur un forum connu pour d'autres altercations téléphoniques. Le gérant de ce site a d'ailleurs déjà eu affaire à la justice.

Les conséquences. Les parquets de Paris, Bobigny, Créteil et Nanterre ont ouvert des enquêtes, qui ont été confiées à la Brigade d'enquête sur les fraudes aux technologies de l'information (Befti), a indiqué la préfecture de police de Paris. Selon une source proche du dossier, les enquêtes visent des faits d'usurpation de la fonction de policier, collecte frauduleuse de données sensibles et divulgation de données à caractère personnel.

Simultanément, l'Inspection générale des services, la police des polices parisienne, a été saisie afin de déterminer si des faits pouvaient être reprochés aux policiers victimes de ces canulars. Plusieurs d'entre eux pourraient être poursuivis, a appris Europe 1. Des appels similaires ont par ailleurs été recensés dans d'autres départements, notamment dans les Yvelines et en Seine-Maritime, selon les informations d'Europe 1.

Un fichier déjà pointé du doigt. Le Système de traitement des infractions constatées (Stic) regroupe les informations relatives à plus de 6,5 millions de personnes mises en cause dans la commission d'infractions, mais aussi aux victimes (38 millions de fiches). Il est donc plus large que le casier judiciaire, qui, lui, ne fait figurer que les condamnations définitives. En 2009, un rapport de la Cnil avait souligné les problèmes de rigueur de ce fichier informatique, qui peut contenir des erreurs.