Crise migratoire : où en est la coopération franco-turque ?

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Crise migratoire : où en est la coopération franco-turque ?
Bernard Cazeneuve dans un hotspot de migrant sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 4 février 2016.@ STR / AFP
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Après un passage en Grèce, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve se rend en Turquie pour aborder question des migrants, notamment à travers le prisme de la lutte contre le terrorisme.

Contrôle des flux, politique des visas, lutte contre les filières, faux documents : Paris et Berlin veulent accroître la pression sur la Turquie pour tenter de résoudre une crise migratoire - et les risques qu'elle implique en matière de terrorisme. En visite vendredi matin à Athènes, puis en Turquie l'après-midi, le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et son homologue allemand Thomas de Maizière sont venus plaider la solidarité européenne. Avec un message simple : il y a "un risque pour Schengen" si l'Europe ne se dote pas d'outils suffisants pour mieux contrôler les frontières, notamment dans les "hotspots", ces centres d'accueil et de transit qui peinent à prendre leur rythme en Grèce.

Evaluer les besoins dans les hotspots. Mais la solution à cette crise passe aussi par une maîtrise du nombre d'arrivants. "Il y a une urgence, une obligation de lucidité, d'action, pour stopper les flux et créer les conditions d'un accueil digne de ceux qui, persécutés dans leur pays, relèvent du statut de réfugié en Europe", a affirmé Bernard Cazeneuve. Le but "ne peut pas être seulement d'enregistrer totalement les réfugiés qui arrivent et de procéder à leur répartition équitable", a également averti Thomas de Maizière. Il faut "avant tout réduire les flux qui arrivent", a-t-il ajouté.

Bernard Cazeneuve a "proposé qu'une expertise française soit diligentée dans les prochains jours" en Grèce pour évaluer les besoins et les solutions techniques dans les hotspots. L'Allemagne va, elle, envoyer cent policiers supplémentaires et deux navires pour surveiller les côtes.

Une lutte déterminée contre les passeurs. Mais il faut aussi "intensifier le retour de ceux qui n'ont pas besoin de protection, également depuis la Grèce". Et dans ce contexte, nous voulons "améliorer la coopération opérative avec la Turquie," notamment par une lutte déterminée contre les passeurs, a affirmé Thomas de Maizière.

Il faut que la discussion engagée avec la Turquie "aille à son terme", a expliqué Bernard Cazeneuve avant son départ pour Ankara, où il devait parler "des visas", "du soutien aux réfugiés dans les camps" et "de la lutte contre les passeurs" avec son homologue turc Efkan Ala. Côté allemand, c'est la chancelière, Angela Merkel, qui se rendra lundi en Turquie pour parler immigration illégale, a annoncé vendredi son porte-parole.

Harmoniser la politique des visas. Outre les réfugiés originaires de Syrie, la Turquie voit arriver un nombre croissant de migrants d'Afghanistan, du Soudan, du Pakistan ou de pays du Maghreb, dont les ressortissants bénéficient sur son territoire d'exemptions de visas. "Il faut que la Turquie aligne sa politique de visas sur celle de l'Europe", "sinon il n'y aura pas de tarissement du flux", avait affirmé jeudi Bernard Cazeneuve en visite sur l'île grecque de Lesbos, à quelques encablures des côtes turques.

Maintenir les réfugiés dans les camps turcs. Il avait aussi plaidé pour qu'Ankara bénéficie de l'aide débloquée par l'UE afin de "favoriser le maintien des réfugiés dans les camps" et pouvoir ainsi organiser le retour dans leur pays lorsque la situation le permettra. L'Union européenne a approuvé mercredi les modalités du financement d'un fonds de trois milliards d'euros destiné aux réfugiés syriens en Turquie. "Il s'agit à présent que les Turcs remplissent leur part des engagements", souligne-t-on de source diplomatique française.

La question des faux documents. Au-delà de la masse des migrants qui prennent le bateau sur les côtes turques pour les îles grecques - plusieurs certaines de milliers l'an dernier - il y a le risque que ces derniers peuvent présenter. L’enquête sur les attentats du 13 novembre à Paris avait mis en avant le fait que certains terroristes des attaques avaient emprunté la route des migrants pour s’introduire sur le sol européen. Depuis, Bernard Cazeneuve ne cesse de mettre le doigt sur la question des faux papiers utilisés par certains migrants. Il est connu qu'un trafic de passeports se joue en Turquie. Sur ce point, le ministre de l'Intérieur français a l'intention de sensibiliser les autorités turques à la question de la fraude documentaire.

De moins en moins "de trous dans la raquette". Un point sensible qui ne doit toutefois pas faire oublier que, dans la lutte contre le terrorisme, la coopération franco-turque est satisfaisante. Il a fallu clarifier les choses, après le couac survenu en septembre 2014, lorsque le beau-frère de Mohamed Merah était revenu en France, par avion à l'aéroport de Marignane, au lieu de Paris, et que les autorités turques ont oublié de prévenir. "Aujourd'hui, il n'y a plus beaucoup de trous dans la raquette", se félicite un proche de Bernard Cazeneuve. Comprendre : les informations circulent de manière plus fluide et automatique. Selon les informations d'Europe 1, en 2015, 150 Français qui se rendaient en Syrie ou en revenaient, ont été interceptés par les Turcs et remis dans l'avion pour la France.