Comment Coulibaly et les frères Kouachi ont déjoué les services de renseignement

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Comment Coulibaly et les frères Kouachi ont déjoué les services de renseignement
@ Montage EUROPE 1
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Après avoir été surveillés de près pendant trois ans par les services de renseignement, les trois terroristes n'étaient plus dans les radars depuis décembre 2013 pour l'un, et juin 2014 pour l'autre.

Comment les frères Kouachi et Amedy Coulibaly ont-ils pu passer entre les mailles des services du renseignement ? Ces trois derniers jours, les trois hommes ont fait régner la terreur dans la région parisienne. Après la tuerie de Charlie Hebdo perpétrée par les frères Kouachi mercredi, Amedy Coulibaly a tué une policière jeudi à Montrouge, dans la très proche banlieue parisienne, avant de prendre en otage des clients d'une épicerie casher, porte de Vincennes. Finalement, les trois terroristes ont été abattus lors des assauts simultanés à Dammartin-en-Goële et porte de Vincennes. Mais quel a été leur parcours avant ces attaques meurtrières ? Étaient-ils dans le viseur des enquêteurs ? Europe 1 fait le point.

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Remarqué en prison pour son extrémisme. Les frères Kouachi étaient jusqu'à peu dans les radars des services antiterroristes français. Ces dernières années, ils ont en effet fait l'objet d'une surveillance poussée, notamment Cherif Kouachi, condamné en 2008 dans le cadre du procès "des filières irakiennes du 19e arrondissement".

Coulibaly Boumeddiene AFP

© AFP/POLICE FRANCAISE

Mais durant son séjour en prison, Chérif Kouachi se fait remarquer pour ses prises de parties farouchement antisémites, comme le rapporte certains de ses codétenus. Ses fréquentations interpellent également les surveillants de la prison de Fleury-Mérogis. Là-bas, il fait la connaissance de Djamel Beghal, figure de l'islam radical français, qui purge une peine de dix ans pour la préparation d'attentats. Il rencontre aussi Amedy Coulibaly, accusé d'être le tireur de Montrouge et l'auteur de la prise d'otages dans un supermarché casher cours de Vincennes à Paris.

Surveillé de près à la suite d'un potentiel séjour au Yemen. En raison de cette ambivalence, il reste dans les radars des services antiterroristes français, même après sa sortie de prison en 2010. D'autant plus qu'un an plus tard, son frère Saïd effectue un séjour de trois semaines en Oman, près du Yemen. Là-bas, il est suspecté de s'être entraîné au combat aux côtés Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), une branche d'Al-Qaïda en Arabie Saoudite et au Yémen. Cette structure, née en janvier 2009 de la fusion des branches saoudienne et yéménite d'Al-Qaïda, est considérée par les Etats-Unis comme la branche la plus active et la plus dangereuse du réseau extrémiste.

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Puis plus rien, grâce à leur discrétion. Au retour du frère aîné en France, Saïd et Chérif Kouachi ont été placés sur écoute téléphoniques et pris en filature par des policiers du renseignement. Mais au bout de trois ans, rien dans leur vie, rien dans leurs contacts, ne laissait penser qu'ils étaient encore dans une logique radicale. Bien au contraire, Chérif semblait en effet s'être lancé dans la contrefaçon de vêtements et chaussures de sport. Les services de renseignement ont donc préféré "prioriser" leurs efforts et concentrer leurs moyens sur d'autres suspects potentiellement plus dangereux. Chérif Kouachi n'était plus surveillé depuis décembre 2013 et son frère Saïd depuis juin 2014.

Amedy Coulibaly : un profil de braqueur. Concernant Amedy Coulibaly, le tueur de Montrouge et du supermarché casher, sa mise "hors circuit" des services de renseignements semblait encore plus "évidente". S'il a été condamné pour avoir fourni des armes à des islamistes qui voulaient faire évader un de leur proche, il n'a lui-même jamais été considéré, par la justice, comme un "terroriste", mais comme un braqueur, un voyou de cité.

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Aujourd'hui, avec le recul, on suppose que c'est en prison qu'il s'est radicalisé, quand il était incarcéré pour trafic de drogue à Fleury Mérogis. Là-bas, il aurait fréquenté des islamistes charismatiques, comme Djamel Beghal, le maître d’œuvre de la tentative d'évasion de Smain Ait Ali Blekacem, un des responsables de la vague d’attentats à Paris en 1995.

Les portables de leurs femmes utilisés pour brouiller les pistes. C'est donc cet homme qui semble lier les trois hommes. Et leurs femmes, aussi, qui selon les enquêteurs, s'entretenaient de manière très régulière au téléphone. Lors de sa conférence de presse, le procureur de Paris François Molins a affirmé que des liens "constants et soutenus" existaient entre les trois hommes, au travers de leurs compagnes.

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L'épouse de Chérif Kouachi et Hayat Boumeddiene, compagne d'Amedy Coulibaly, se sont téléphonées plus de 500 fois en une année. Un chiffre qui est selon le haut magistrat "de nature à établir des liens constants et soutenus entre les deux couples". Or, la loi ne permet pas aux services de renseignement de mettre sur écoutes des épouses de suspects, si rien ne permet de penser qu'elles sont elles-mêmes impliquées dans un projet terroriste.