Charlie Hebdo : face à Kouachi, "je n'ai pas baissé les yeux"

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Charlie Hebdo : face à Kouachi, "je n'ai pas baissé les yeux"
@ AFP
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BOULEVERSANT - Sigolène Vinson, rescapée de l'attaque à Charlie Hebdo, a livré mercredi au Monde et à Marianne un long témoignage bouleversant de courage. 

"Il était parti pour me tuer. Je n’ai pas baissé les yeux". Sigolène Vinson, en charge de la chronique judiciaire à Charlie Hebdo depuis 2012, était dans les locaux de la rédaction au moment de l’attaque terroriste. Elle a raconté mercredi au Monde (édition abonné) et à Marianne comment elle était sortie vivante de ce massacre. 

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Des propos mal rapportés. Dans les heures qui ont suivi l’attaque, des propos rapportés de Sigolène Vinson tournent en boucle dans les médias français et internationaux. L’un des terroristes lui aurait dit : "on ne tue pas les femmes, mais tu dois te convertir à l’islam et te voiler, avant de crier "Allahou Akbar". Peu après, l’essayiste Caroline Fourest ajoute que ce dernier aurait ajouté : "Récite le Coran, et je t’épargne". Une version des faits qui a rendu "folle" la chroniqueuse qui explique "voir mal comment elle aurait pu réciter le Coran…", rapporte Marianne. 

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Les minutes avant l’attaque. Ce mercredi 7 janvier, comme il l’a été si souvent rappelé, c’est jour de rentrée pour l’équipe de Charlie. Le débat tourne autour du dernier roman de Michel Houellebecq, auquel est consacrée la dernière "une". Sigolène Vinson confie au Monde : "à ce moment, dans la kitchenette, j’étais emplie d’un sentiment de bonheur. Malgré le boucan derrière moi, les débats parfois très sportifs entre nous, je réalisais quelle chance j’avais d’appartenir à cette rédaction, de fréquenter ces gens, si drôles, si intelligents, si gentils…"

Des "pop pop". Au moment précis où Luce Lapin, la secrétaire de rédaction, s’apprête à quitter la salle, les journalistes entendent "deux pop". Luce demande si ce sont des pétards, rapporte Sigolène Vinson. L’un des policiers chargés de la protection de Charb semble chercher son arme et dit : "ne bougez pas de façon anarchique". Sigolène Vinson, elle, se jette au sol et explique au Monde : "Pop pop" dans Charlie, je comprends que ce ne sont pas des pétards". 

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La suite est connue. Les tueurs apparaissent, l’un crie "Allahou akbar", et cette question : "où est Charb ?". Les balles fusent de partout, fauchant en quelques instants les vies de Cabu, Wolinski, Charb, Honoré, Tignous, Mustapha, Oncle Bernard, Elsa Cayat, Michel Renaud et Franck Brinsolaro. Plus tôt, c’est Frédéric Boisseau, l’agent de maintenance, qui avait été tué dans le hall d’entrée. Plus tard, ce sera Ahmed Merabet, le policier, qui a tenté d’arrêter la fuite des terroristes. 

Face au tueur. Sigolène Vinson s’est jetée à terre dès le deuxième coup de feu. "J’ai rampé et j’ai senti que le type s’approchait", raconte-t-elle à Marianne. "Il était au-dessus de moi et me braquait avec sa kalachnikov". La chroniqueuse fait alors preuve d’un courage sans faille et décide de ne jamais cesser de regarder dans les yeux le tueur : "il était parti pour me tuer. Je n’ai pas baissé les yeux. Je l’ai regardé sans haine, peut-être sans peur, et j’ai vu son expression changer". Le terroriste, sans doute déstabilisé, change alors d’attitude et "perd de son aplomb". "Il m’a dit : calme toi, n’aie pas peur", poursuit Sigolène Vinson. "Il l’a répété à plusieurs reprises. "Je ne vais pas te tuer". "Puisque je t’épargne, tu pourrais lire le Coran", lui dit encore le terroriste, avant de lancer en partant : "on ne tue pas les femmes !"

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Le choc et le soutien. La jeune femme, sous le choc, appelle ensuite les pompiers pour leur dire : "c’est Charlie, venez vite, ils sont tous morts". Riss, autre dessinateur, touché à l’épaule, lève alors la main et dans une scène que l’on imagine surréaliste, l’interpelle : "Non, moi je ne suis pas mort". Les secours arriveront finalement quelques instants plus tard. "On est tous ensemble", conclut Sigolène Vinson dans Marianne. "Et le fait d’avoir replongé dans le boulot aide beaucoup".