Cambriolages : les nouvelles filières de l'est

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Cambriolages : les nouvelles filières de l'est
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REPORTAGE E1 - Alors que le nombre de cambriolages augmente, les enquêteurs s'intéressent de près aux filières géorgiennes.

Alors que les chiffres de la délinquance pour le mois de mars sont attendus vendredi, ceux sur les cambriolages viennent clairement plomber les statistiques. Depuis le début de l'année, les cambriolages ne cessent de progresser : plus 15% en janvier, plus 10% en février. Et les policiers s'attendent ce mois-ci à une nouvelle hausse, avec parmi les phénomènes qui inquiètent, les filières des pays de l'Est. Un groupe de sept hommes appartenant justement à cette filière a été interpellé lundi. Europe 1 était présent pour l'interpellation de ses hommes soupçonnés d'avoir commis au total une quarantaine de cambriolages en région parisienne. Reportage.

"Là ils sont 'chauds'". Lundi matin, c'est la conclusion de deux mois d'enquête. A quelques heures des interpellations, les enquêteurs ont une grosse frayeur : les suspects, des professionnels aguerris, les ont repérés. Pour Alexandre Offroy, du service d'investigations transversales de la police d'agglomération parisienne, il faut donc accélérer le mouvement. Direction l'un des points de chute situé dans le 18e arrondissement. "Si vous avez moyen de le filocher un petit peu. Mais faites attention, parce que si vous sentez le moindre coup, vous savez que là ils sont 'chauds'", réagit alors le lieutenant.


"Une petite fille qui s'est fait dérober sa Nintendo". Finalement, les interpellations ont bien lieu, au moment même où un homme s'apprêtait à sortir de l'immeuble. D'autres sont directement arrêtés dans l'appartement. "On voit sans même attaquer la perquisition qu'il y a des objets qui proviennent probablement de cambriolages. Vous pouvez déjà voir qu'il y a deux ordinateurs portables, vous avez un appareil photo numérique, même les bijoux, c'est symptomatique. Et il y a un truc tout bête, c'est qu'ils sont cinq hommes dans l'appartement et il y a une Nintendo rose, ce n'est pas un homme qui achèterait ça, c'est une petite fille qui s'est fait dérober sa Nintendo", explique-t-il au micro d'Europe 1.

170.000 euros de préjudice. Les enquêteurs n'ont donc plus de doute. Les objets trouvés à l'intérieur de l'appartement - une console de jeu et un butin - leur ont en effet permis de faire le rapprochement avec cinq cambriolages supplémentaires. Ce qui représente 44 cambriolages au total, soit 170.000 euros de préjudice. Autres indices : un tournevis, les gants, "une chignole", c'est-à-dire une perceuse manuelle, sont retrouvés dans l'appartement.

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© Europe 1 / Pierre de Cossette

Des cambrioleurs très méticuleux. Généralement, les professionnels opèrent entre 10 heures et 15 heures et revendent au plus vite le butin à un receleur dans un square voisin. Ils choisissent les maisons au hasard, mais restent très méfiants. Un guetteur reste en voiture au téléphone, deux casseurs fracturent les portes et parfois un "ouvreur" vient les aider sur tel ou tel type de serrure. Spécificité les cambrioleurs : ils ne laissent pas de traces, rien. Mais leur présence sur les cambriolages antérieurs est attestée par le bornage téléphonique. Ils sont aussi clairement impliqués dans les écoutes.

"Des actes d'enquête extrêmement lourds". C'est donc au terme d'une enquête fastidieuse que les policiers sont parvenus à retrouver la trace de la filière géorgienne. Pour le commissaire Stéphane Gouaud, le patron du service, la principale difficulté était que ces équipes géorgiennes ne laissaient pas d'empreintes. "Habituellement, nos cambrioleurs laissent soit des traces papillaires, soit des ADN, qui nous permettent de remonter jusqu'à eux. Là, la spécificité de nos cambrioleurs géorgiens c'est qu'ils font ça sans laisser de trace du tout. Donc ça oblige à développer des actes d'enquête extrêmement lourds et ce sont des affaires qui demandent à peu près entre deux et trois mois d'enquête. Alors que sur des gens qui laissent des traces, c'est des affaires qui sont résolues beaucoup plus facilement", explique le commissaire à Europe 1.

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© Europe 1 / Pierre de Cossette

"Il y aura moins de cambriolages". Pour ce dernier les moyens déployés sont lourds mais nécessaires. "C'est un investissement important mais c'est un investissement payant. Parce que quand on investi sur le long terme, on arrive à leur imputer de nombreux cambriolages. Et quand on les présente à la justice, la sanction pénale est beaucoup plus forte. Donc ça veut dire qu'ils vont être neutralisés pendant un certain temps, le temps où ils vont être en prison et pendant cette période là il y aura moins de cambriolages puisqu'ils ne pourront plus les commettre", détaille-t-il.

Des membres de la mafia géorgienne. D'autant que dans ce cas précis, il s'agit clairement de criminalité organisée. Le chef présumé de la cellule, interpellé par le GIGN, faisait en effet l'objet d'un mandat d'arrêt européen et était recherché par les gendarmes de l'OCLDI (l'Office central de lutte contre la délinquance itinérante). Considérés comme membres de la mafia géorgienne, ils se font appeler "les voleurs dans la loi" et sont particulièrement actifs. Il suffit de regarder ces derniers jours. A Bordeaux, sept Roumains ont été interpellés pour 130 cambriolages et à Lyon, des Géorgiens ont eux aussi été arrêtés pour 75 vols avec effraction.