Calais : un Britannique jugé pour avoir fait passer une réfugiée

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Un Britannique comparaît jeudi devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer pour avoir tenté de faire passer clandestinement une fillette afghane de la "jungle" de Calais en Angleterre. 

Un bénévole travaillant dans la "jungle" de Calais va devoir s'expliquer devant la justice, jeudi après-midi, à Boulogne-sur-Mer. Ce britannique, Rob Lawrie, ancien militaire de 49 ans devenu dirigeant d'une entreprise de nettoyage, avait été ému par le sort des migrants.

"Comment peux-tu la laisser ici, au milieu de tous ces détritus ?". C'est au fur et à mesure de ses visites dans la "jungle" que Rob s'était lié d'amitié avec la famille de la petite Afghane. C'est le père de l'enfant qui lui avait demandé de la sortir du camp. "Son père, qui a de la famille juste à côté de là où je vis, m'avait demandé plusieurs fois de la ramener en Angleterre avec moi et j'avais toujours répondu 'non, c'est illégal'", se souvient-il. "Mais ce soir-là, dans la 'jungle', la petite s'était endormie sur mes genoux. A ce moment-là, je me suis dit 'comment peux-tu la laisser ici, au milieu de tous ces détritus ?".

Passeur, criminel ou citoyen pris de compassion ? Dans un communiqué, "Passeurs d'hospitalités", un blog pro-migrants actif dans le Calaisis, indique que "le tribunal devra dire si Robert Lawrie s'est conduit comme un passeur, un criminel ou en citoyen pris de compassion pour cette situation". Selon Vincent de Coninck, du Secours Catholique, la réponse est toute trouvée. "Ce n'est pas un passeur, il n'a bénéficié d'aucune contrepartie financière ni de quelque ordre que ce soit. Je ne connais aucun bénévole qui, devant autant de souffrance, n'ait pas eu l'idée qui l'ait traversé à un moment ou un autre de rendre service à quelqu'un qui est complètement perdu ou désespéré", confie-t-il.

Jusqu'à cinq ans de prison. Mais fin octobre, ce père de quatre enfants est arrêté par la police des frontières française. Les chiens de la police découvrent également deux Erythréens adultes présents à l'arrière de sa camionnette, cachés selon lui à son insu. Poursuivi pour aide au séjour irrégulier, il risque jusqu'à cinq ans de prison et une amende de 30.000 euros. Alice, militante britannique auprès des migrants, craint que la justice française ne fasse de cette affaire un exemple. "Je crois qu'il va être condamné, pour décourager les autres militants humanitaires de faire comme lui. Ils vont sûrement en faire un exemple alors que c'était un geste d'humanité et pas un crime. Punir cet homme, ce serait envoyer un message terrible", estime la jeune femme.

Une pétition recueille plus de 120.000 signatures. Depuis, la petite a été rendue à son père et est retournée vivre dans la "jungle" de Calais. Une pétition intitulée "Non à l'emprisonnement de Rob Lawrie, qui a voulu sauver une enfant de la Jungle de Calais" a recueilli sur internet environ 120.000 soutiens français et un peu plus de 50.000 sur sa correspondante anglaise.