Bijoutier niçois : ce million de "likes" qui fait débat

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Bijoutier niçois : ce million de "likes" qui fait débat
Dimanche, la page Facebook de soutien au bijoutier affichait dimanche 1,4 million de "likes".@ Capture d'écran - Facebook
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Avec plus d'un million de "likes" affichés, la page Facebook de soutien au commerçant mis en examen attise les doutes.

L'INFO. Vague de soutien naturelle ou recommandations achetées ? Sur le Web,  une page Facebook de "Soutien au bijoutier de Nice", mis en examen vendredi pour homicide volontaire après avoir tué un braqueur, revendiquait samedi avoir dépassé le million de "fans". Sur cette page de soutien, la majorité des internautes dénonce un "Etat démissionnaire de sa mission de protection des citoyens". "Malheureusement nous vivons dans un pays où si l'on veut que justice soit faite, c'est à nous de la faire", écrit l'un des visiteurs, tandis qu'un autre estime que "le braqueur a mérité son sort". Mais sur Twitter,  l'ampleur de ce chiffre a suscité un débat et des doutes. Certains twittos semblent douter du caractère réel de cette vague de soutien et émettent l'hypothèse que des "likes" aient été achetés.

Des  soupçons de "likes" achetés pour les uns... De nombreux utilisateurs de Twitter ont relevé vendredi et samedi la vitesse à laquelle le nombre de "likes",  l'action par laquelle on signifie qu'on "aime" une page Facebook, s'est accrue. Une croissance exponentielle suspecte, selon certains twittos, qui pourrait s'expliquer par un achat massif de "like".



Partisan de cette idée, le blogueur @sebmusset a tweeté, en se basant sur un site d'analyse de statistique des pages Facebook : "80% des likes (945.000) du groupe de soutien au bijoutier viennent de l'étranger #arnaque".

…et un véritable engouement pour les autres. Une hypothèse rejetée par d'autres twittos, tel Guilhem Fouetillou (@gfouetil), professeur associé à Sciences Po et fondateur d'un institut d'analyse des conversations sur le web.



"Au prix du marché noir, 950.000 likes coûteraient 15.000 dollars. Un tel investissement est peu probable", a-t-il relevé dans un tweet. Plusieurs autres twittos ont observé que le nombre de personnes commentant des statuts sur la page ou cliquant sur le bouton "j'aime" sur ces statuts était largement en corrélation avec le nombre global de 1,2 million de "likes".

La réponse de la page de soutien. L'administrateur de la page a répondu "pour faire taire les rumeurs" dimanche en y postant une capture d'écran présentant ce qu'il avance comme " une partie des statistiques que je possède au sujet de la page". "Elles ne concernent que l’activité du 11 au 13 septembre, il faut encore attendre pour la suite", précise-t-il.

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© Capture d'écran Facebook

Selon ces statistiques partielles, l'écrasante majorité des "likes", 833.632 provient de France métropolitaine. La Suisse arrive en seconde position avec 5.095 soutiens. Viennent ensuite les Etats-Unis (3.939), la Belgique (3.495), la Réunion (1.838), la Guadeloupe (1.761) et enfin le Canada (1.477). "Patientez avant de dire que ces résultats sont faux, vous aurez bientôt ces données sur vos sites d’analyse de réseaux sociaux préférés", conclut enfin le créateur de la page.

Une analyse contradictoire qui fait consensus. Une seconde étude publiée par KRDS, une agence de stratégie social media, vient appuyer les chiffres présentés par l'administrateur de la page. Ces chiffres ont de surcroit été finalement validés par Socialbakers , le site d'analyse dont l'étude statistique avait semé le doute sur Twitter. "Nos amis de KRDS ont raison. Nous n' avons pas eu l'opportunité de clarifier, nous préparons une analyse détaillée", a indiqué le site sur son compte Twitter dimanche. 



KRDS explique sa démarche sur son blog. Elle a consisté à faire une demande de données sur la page concernée, via un compte développeur Facebook : les comptes spécifiquement destinés aux créateurs d'applications sur le réseau social. Par ce biais, les données obtenues sont plus à jours et mieux affichées, alors que la première étude ne bénéficiait que de données partielles. En suivant cette méthode, les community managers d'Europe 1 ont refait le calcul. Les chiffres sont similaires à ceux de KRDS et collent à ceux présentés par l'administrateur de la page "soutien au bijoutier de Nice" : la grande majorité des "likes" proviennent bien de France.

Un fait divers récupéré par le FN. Mis en examen vendredi pour homicide volontaire, le bijoutier niçois qui a tué mercredi un de ses agresseurs est également assigné à résidence avec bracelet électronique. Le braqueur, âgé de 18 ans a été mortellement blessé d'une balle dans le dos. Le commerçant, âgé de 67 ans, dont le casier judiciaire est vierge, a contesté avoir agi volontairement. Samedi, en marge de l'université du Front national à Marseille, la présidente du FN Marine Le Pen a estimé que le bijoutier était "peut-être victime du laxisme de l'Etat". Également présent à Marseille, le président d'honneur du FN, Jean-Marie Le Pen, a assuré pour sa part qu'il aurait agi comme le bijoutier. Un rassemblement devrait être organisé lundi à Nice par des commerçants pour exprimer leur solidarité et dénoncer "les agressions en général".

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"Difficile d'imaginer un million de faux profils"par Europe1fr