Aviation : pourquoi l'avis du BEA compte-t-il tant ?

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Aviation : pourquoi l'avis du BEA compte-t-il tant ?
@ BERTRAND GUAY/AFP
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CRASH DE L'A320 - Le Bureau d’enquête et d’analyse est le spécialiste français de l’aviation et intervient sur chaque accident.

Si le mystère du crash de l’A320 de Germanwings est un jour élucidé, ce sera probablement grâce à eux. Eux, ce sont les enquêteurs du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), une cellule spécialisée qui a reçu mercredi l’une des deux boites noires de l’avion qui s’est écrasé mardi dans les Alpes françaises. Mais quelle est précisément la mission du BEA ? Comment travaillent ses équipes ? Présentation d'un organisme dont la renommé à dépassé les frontières françaises.

Le BEA, un spécialiste des accidents d’avion. Depuis sa création en 1946, le BEA n’a qu’une seule mission : les enquêtes de sécurité relatives aux accidents ou aux incidents graves dans l'aviation civile française. En clair, son objectif est de comprendre comment a pu se produite un accident pour éviter qu’il ne se répète : après chaque accident, le BEA donne en effet des conseils aux constructeurs et aux compagnies aériennes pour faire évoluer leurs pratiques et leurs appareils.

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© AFP

Chaque année, sa cinquantaine d’enquêteurs travaillent donc sur environ 250 incidents répertoriés sur le sol français mais pas seulement : il peut être appelé en renfort pour étudier les accidents survenus à l’étranger, y compris lorsque les victimes ou la compagnie aérienne ne sont pas français. Son aide est le plus souvent sollicitée pour décrypter des enregistreurs de vols, les fameuses boîtes noires. Le BEA travaille donc souvent en étroite liaison avec les autorités, mais son objectif est bien différent de celui des forces de l’ordre. Le sien est de comprendre les causes et les circonstances d’un accident, là où les forces de l’ordre et la justice cherchent à déterminer qui est responsable.

Comment travaille-t-il ? Les enquêtes du BEA ne se limitent pourtant pas au seul décryptage des boîtes noires, comme l’a rappelé Jean-Paul Troadec, ancien directeur du BEA, mercredi matin sur Europe 1. "La première chose à faire, c’est de protéger le site,  le protéger des intrusions pour être sûr que tous les indices soient bien conservés. (…) En même temps, il y a la cartographie du site de façon à repérer la position de tous les débris", a-t-il précisé. Un travail qui se fait main dans la main avec la gendarmerie, dans le cas du crash de l’A320 de Germanwings.

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© EUROPE 1

Et l’ex-patron du BEA de préciser : "Les débris utiles à l’enquête vont être récupérés et ensuite analysés dans des laboratoires, soit au BEA, soit dans des laboratoires extérieurs. L’enquête se constitue à partir de la collection de beaucoup d’informations provenant des enregistreurs, celles provenant des débris, mais également les enregistrements des conversations avec le contrôle aérien. Et ensuite tout le travail qui sera fait au sein de la compagnie aérienne pour analyser tout ce qui a été fait en matière de maintenance et de formation des pilotes, etc. C’est l’ensemble de tous ces éléments qui va permettre de mener l’enquête".

Etat et entretien de l’avion, historique des réparations, échange entre les pilotes à bord, échange entre l’avion et les contrôleurs aériens, trajectoire et altitude, météo, etc. : le BEA enquête dans toutes les directions pour comprendre. Il dispose pour cela de 110 spécialistes, dont des enquêteurs, des anciens pilotes ou encore des ingénieurs.

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© HO BRAZILIAN NAVY/AFP

Chargé d’enquêter sur les principaux crashs. Si son sigle est relativement connu du grand public, c’est parce qu’il a participé à toutes les enquêtes sur les accidents les plus marquants. Il a notamment travaillé sur le crash du Concorde à Gonesse en 2000 et sur celui de l’AF 447 Rio-Paris en 2009. Son expertise a également été sollicitée pour l’enquête sur la disparition du vol MH 370 de la Malaysia Airlines et sur le crash du vol MB83 d'Air Algérie. Ou encore, plus récemment, sur la collision entre les deux hélicoptères de l’émission Dropped, tournée en Argentine par TF1.

Une institution respectée mais une indépendance à peaufiner ? Chargée d’expliquer des accidents dramatiques, le BEA se retrouve forcément dans l’œil du cyclone : la difficile enquête sur le crash de l’AF 447 en plein milieu de l’Atlantique a fait l’objet de vives critiques de la part des familles des victimes. Dépendant de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), et donc du ministère des Transports, le BEA a alors été soupçonné d’orienter l’enquête pour préserver les intérêts d’Airbus et d’Air France, dont l’Etat est actionnaire.

Le législateur a donc à plusieurs reprises envisagé de faire évoluer le statut du BEA pour le rendre formellement indépendant, une option finalement écartée : d’abord car le BEA "dispose d'une légitimité internationalement reconnue", ensuite parce que "l'existence même de l'enquête judiciaire parallèle, le caractère international de la quasi-totalité des enquêtes et la publication des rapports garantissent que l'action de l'organisme d'enquête ne se déroule pas en vase clos, mais sous le regard de la communauté aéronautique et des autorités judiciaires".

Preuve que le BEA fait visiblement du bon travail, le gouvernement a même décidé de s’en inspirer pour créer deux nouvelles entités : le Bureau d’enquêtes sur les évènements de mer (BEAmer) en 1997et le Bureau d’enquête sur les accidents de transports terrestres (BEA-TT) en 2004.

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>> Retrouvez l'intégralité de l'interview de Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau d’Enquêtes et d’Analyses (BEA), mercredi matin sur Europe 1 :



Troadec : "La première chose à faire est de...par Europe1fr