Attentats : le jour d'après, les Parisiens entre "deuil" et "envie de vivre"

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Attentats : le jour d'après, les Parisiens entre "deuil" et "envie de vivre"
@ KENZO TRIBOUILLARD / AFP
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Les Parisiens sont en deuil mais veulent continuer à vivre. On les a accompagnés toute la journée.

Samedi, le jour d'après. Paris se réveille dans la douleur après les attentats qui ont fait au moins 129 morts, dans la nuit de vendredi. Les reporters d'Europe 1 ont parcouru les rues de la capitale toute la journée, pour prendre le pouls. Constat : les Parisiens sont sous le choc. Mais ils semblent prêts à s'en relever.

LE MATIN

République n'est pas mort. Samedi aux premières heures, c'est une place de la République déserte qui s'offrait au regard. C'est dans ce quartier, à la frontière du 20e, du 11e et du 10e que sont tombées la majorité des victimes vendredi soir. Petit à petit, pourtant, cette place devenue symbole de République en janvier dernier, après les attentats, s'est remplie. Les Parisiens sont venus s'y serrer les coudes et se tenir chaud. "On a tous très mal dormis. On s'est réveiller très tôt et venir fut la première idée qui nous est venue en tête", confie sur Europe 1 une habitante du quartier. "Je ne me sentais pas de rester chez moi. Il fallait que je vienne", poursuit son ami. "C'est un rendez-vous d'amour. On est là pour dire qu'ils ne passerons pas", poursuit un troisième.


République 14 novembre 2015 1280x640 / DOMINIQUE FAGET / AFP


Le shopping comme militantisme. En fin de matinée, les Parisiens apprennent une nouvelle inédite : les grands magasins de la capitale ferment leurs portes, qu'ils avaient pourtant décidé d'ouvrir. Un coup de tonnerre en plein samedi. Dans l'hyper-centre, les rues se vident donc petit à petit et la jungle urbaine se transforme en désert. Beaucoup comprennent les enjeux sécuritaires d'une telle décision. Mais d'autres auraient préféré continuer leur shopping. Comme en un acte militant. "On ne veut pas céder à la psychose. On veut leur montrer qu'ils n'ont pas gagné et qu'ils ne gagneront jamais", martèle Michel, devant les Galeries Lafayette. 

La vie tente de reprendre ses droits. Au même moment, dans le 11e arrondissement, le plus endeuillé, la cellule psychologique de la mairie de Paris ne désemplie pas. On y a vu des mères en larmes, des couples en pleurs, des groupes d'amies solidaires. Et aussi la vie y reprendre ses droits : la marie y a maintenu une cérémonie de mariage, "meilleure façon de résister" selon elle.

L'APRES-MIDI

"J'aurais envie de légèreté". A 13h, nouveau couperet : les cinémas annoncent leurs fermetures. Les enquêteurs continuent de chercher les éventuels terroristes encore dans la nature. Et la sécurité prime. Mais là encore, certains Parisiens peinent à cacher leur déception. "Je suis en deuil mais j'aurais eu envie de légèreté, ne serait-ce qu'une heure ou deux. Partout dans Paris on nous rappelle la psychose. Ce n'est pas une bonne chose", regrette Alexandra.

"Je voulais faire quelque chose". En début d'après-midi, à l'hôpital La-Pitié-Salpêtrière, ce sont trois heures d'attente qu'enduraient les Parisien venus donner leur sang. "Je me sens touchée. C'est mon quotidien. Je voulais sortir et faire quelque chose", explique Alice. Et elle n'est pas la seule : débordés, les centres de collecte du sang doivent refuser des patients à cette heure-ci de la journée.



"Paris continue de battre". A 15h, retour place de la République. Des bougies, de l'encens et des fleurs ont enrobé les lieux. Les hommages aux victimes affluent. Agnès, elle, était chez elle, à deux pas des fusillades, lorsque ces dernières ont éclaté. Et elle est ressortie samedi soir place de la République. "Il est important que la vie continue. On a voulu sortir pour montrer que Paris continue à battre. Paris, c'est la joie, c'est la fête. Et on n'a pas peur. J'ai amené mes enfants. On a été au resto, dans notre quartier. On a pleuré mais on n'a pas peur". Place de la République, 100 à 200 badauds se recueillaient en continue sur l'ensemble de la journée, malgré l'interdiction de manifester décrétée par la préfecture de police.

LA SOIRÉE 

Rassemblement à République. Entre 100 et 200 personnes étaient encore rassemblées dans la soirée place de la République, pour rendre hommage aux victimes. "Fluctuat nec mergitur", les trois mots de la devise en latin de Paris, peinte en grand sur la place de la République, est également devenue spontanément un slogan de résistance au terrorisme : "il est battu par les flots mais ne sombre pas".



#UnebougiepourParis. "Dans le deuil, face à l’horreur et au chagrin, montrons une nouvelle fois que nous sommes toujours debout et solidaires. Commémorons les morts, envoyons nos pensées et notre soutien aux blessés et aux proches". Vers 17h30, une page Facebook a également émergé pour inciter les internautes à mettre une bougie à leur fenêtre. En une heure, la page a été "liké" par 80.000 abonnés. Sur twitter également, le "hashtag" #unebougiepourParis a rencontré un succès viral.

>> Le mouvement a d'ailleurs dépassé le cadre parisien et s'est étendu au monde entier et à plusieurs villes de France, comme à Nice :


Bougies Nice


La Tour Eiffel éteinte. La Tour Eiffel était par ailleurs fermée samedi et jusqu'à nouvel ordre, et elle sera éteinte "en signe de deuil toute la nuit", a annoncé la société d'exploitation du monument parisien. Les billets avaient cessé d'être vendus aux caisses un peu plus tôt que d'habitude, permettant ainsi de vider la Tour, dans le calme, de ses touristes, qui parfois ignoraient les événements en cours, a ajouté la même source. "A la demande de la Maire de Paris, la Tour Eiffel restera éteinte en signe de deuil durant toute la nuit prochaine" de samedi à dimanche, a précisé un peu plus tard Isabelle Esnous, directrice de la communication.



Une fausse alerte à l'hôtel Pullman. La panique a tout de même failli reprendre vers 22h. La police a fait évacuer le secteur autour de la tour Eiffel et du Champ de Mars, après que des témoins aient cru entendre des déflagrations à l'hôtel Pullman, près de là. Mais il s'agissait d'une "fausse alerte", a fait savoir le ministère de l'Intérieur.


>> La nuit du 13 novembre sur twitter :