Arrêtés en Autriche, deux "faux" migrants devaient participer aux attentats du 13 novembre

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Arrêtés en Autriche, deux "faux" migrants devaient participer aux attentats du 13 novembre
Envoyés par l'Etat islamique, Mohamed Usman et Adel Haddadi se sont glissés parmi les migrants pour rentrer en Europe.
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Missionnés par le groupe Etat islamique, un Pakistanais et un Algérien sont arrivés parmi le flux de réfugiés syriens avec deux kamikazes du Stade de France.

Ils devaient rejoindre la France pour y commettre des attentats, mais leur chemin s'est arrêté avant. Deux hommes interpellés en décembre 2015, à Salzbourg, en Autriche, auraient dû participer aux attaques parisiennes du 13 novembre. Le Pakistanais Mohamed Usman et l'Algérien Adel Haddadi étaient chacun chargés par l'organisation terroriste Etat islamique "d'aller en France, de tuer et de devenir un martyr".

Après avoir un temps refusé de collaborer avec les enquêteurs autrichiens, les deux suspects ont livré en février dernier des informations permettant de retracer leur parcours, racontait The Washington Postvendredi. Des éléments importants, puisque les deux djihadistes en provenance de Syrie ont rejoint l'Europe en s'infiltrant parmi les migrants avec deux des trois kamikazes du Stade de France (SDF). 

En Syrie depuis  au moins 2015. C'est en 2014 que les deux hommes auraient rejoint l'Etat islamique, selon le quotidien américain. Mais d'après Le Monde, Adel Haddadi a pris un vol depuis Alger pour la Syrie, en février 2015. Ce dernier, âgé de 28 ans, était fiché par les services de renseignement algériens, tandis que Mohamed Usman, 23 ans, est lui soupçonné d'être en relation avec le groupuscule terroriste pakistanais Lashkar-e-Taiba, à l'origine des attentats de Bombay en novembre 2008. Pour arriver en Europe, les deux hommes se sont fait passer pour des migrants à l'aide de faux papiers d'identité. Avec à leurs côtés, deux Irakiens - dont on ne connaît toujours pas la véritable identité - s'étant fait exploser aux abords du Stade de France. 

Le rôle décisif d'un certain "Abou Ahmad". Les quatre hommes se sont rencontrés à Raqqa, fief de l'Etat islamique en Syrie, par l'intermédiaire d'un certain "Abou Ahmad", chargé au sein de l'organisation terroriste du recrutement de candidats au djihad. Le Parisien souligne que ce cadre de Daech "joue un rôle clé dans le périple des commandos terroristes", couvrant notamment les frais pour payer les passeurs et organisant la création de faux papiers d'identité. C'est à partir d'un numéro trouvé dans la poche d'un des kamikazes du Stade de France, que les enquêteurs ont pu remonter sa trace, rapporte le quotidien.

Direction l'Europe. Le 1er octobre, les quatre djihadistes débutent leur voyage pour rejoindre l'Europe. Ils sont munis de faux passeports syriens, afin d'être pris pour des réfugiés fuyant la guerre. Après une première étape à Alep, puis Izmir en Turquie, Mohamed Usman, Adel Haddadi et les deux Irakiens embarquent sur un bateau en vue d'atteindre les côtes grecques. L'embarcation est interceptée en pleine mer par les gardes-côtes et les quatre individus sont contrôlés, parmi près de 200 migrants, le 3 octobre sur l'île de Leros.

Démasqués. Pour les deux Irakiens du Stade de France, les faux passeports font parfaitement illusion. En revanche, Husman et Haddadi, vont très vite se trahir face à l'agence Frontex, chargée de contrôler les migrants. Le Pakistanais "ne parle pas très bien l'arabe", ce qui est peu crédible pour un Syrien, et l'Algérien, lui, "ne connait presque rien de la ville où il dit être né : Alep, en Syrie", indique le quotidien américain. Les deux terroristes sont donc interpellés, avant d'être libérés le 28 octobre. La police grecque pense en effet avoir affaire à des migrants économiques et non à des djihadistes infiltrés. Ils sont sommés de quitter le pays dans les 30 jours.

On ne connaît pas en détail le reste de leur périple, mais selon The Washington Post, le duo serait passé par la Macédoine, la Serbie puis la Croatie et la Slovénie avant d'arriver en Autriche. On ignore pourquoi ils ne sont pas parvenus à atteindre la capitale française : s'ils savaient que leur destination était la France, Husman et Haddadi ont déclaré aux enquêteurs ne pas savoir où ni quand ils devaient frapper, et recevoir au fur et à mesure les instructions. 

Vers une extradition ? En Autriche, les deux hommes ont demandé l'asile et se sont installés dans un centre d'accueil pour réfugiés, à Salzbourg. Après le 13 novembre et la découverte des faux passeports syriens des kamikazes du SDF, les enquêteurs ont cherché à retrouver les réfugiés débarqués le 3 octobre sur l'île de Leros. C'est ainsi que Mohamed Husman et Adel Haddadi ont fini par être interpellés le 10 décembre.

Peu avant leur arrestation, indique Le Monde, le duo a effectué une recherche en ligne, portant sur des billets de train de Vienne vers la capitale française. Un signe qu'ils avaient encore pour consigne de frapper, même après le 13 novembre ? D'après Le Parisien, la France pourrait demander l'extradition de ces deux individus qui ont déclaré, face aux enquêteurs autrichiens, être "heureux et fiers d'avoir été choisis pour mourir pour la cause et pour Allah".