Andy, 19 ans, jugé pour avoir tué les siens

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Andy, 19 ans, jugé pour avoir tué les siens
Andy était décrit comme un adolescent sans problèmes, sportif et bon élève.@ MAXPPP
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Accusé d'avoir abattu ses parents et ses frères en 2009, son procès se déroulera à huis clos.

Son geste demeure inexpliqué. Andy, aujourd'hui 19 ans, est accusé d'avoir abattu froidement il y a trois ans ses parents et ses deux frères, des jumeaux âgés de 10 ans. Le jeune homme est jugé à partir de lundi devant la cour d'assises des mineurs de Corse-du-Sud à Ajaccio.

La question de sa responsabilité pénale de ce garçon présenté comme bon élève et sans problèmes devrait être au cœur des débats, les experts psychiatriques ayant livré des avis contradictoires.

Un procès à huis clos

Dès l'ouverture du procès, la cour a ordonné le huis clos, en "raison de la personnalité de l'accusé". Andy avait pour sa part expliqué qu'il souhaitait que les débats soient publics. "Car je suis coupé du monde depuis trois ans et cela permettra aussi à des gens de venir me soutenir", a expliqué le jeune homme.  Le président de la cour, a jugé cette demande "recevable", mais a évoqué sa "fragilité psychologique" et le besoin de "protéger ce jeune majeur des incidences d'un procès public" pour justifier la tenue des débats à "publicité restreinte".  

Le ministère public et les parties civiles, les familles maternelle et paternelle de l'accusé, avaient en revanche réclamé cette décision. L'avocat général, Valérie Tavernier, avait souhaité "un débat calme, plein et serein", tandis que les parties civiles dénonçaient la cinquantaine de journalistes présents dans la salle d'audience. "Je ne crois pas qu'il est de l'intérêt de la société de se repaître de ce drame atroce qui a déjà donné lieu à un grand battage médiatique", avait estimé l'un de leurs avocats, Me Jean-Michel Mariaggi.

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© EUROPE1/JEAN-SEBASTIEN SOLDAINI

Retrouvé sur une plage

Les faits remontent à la nuit du 11 au 12 août 2009. Après une journée ordinaire, Andy se couche puis se réveille en pleine nuit. Avec une précision clinique, il se souvient d'avoir enfilé des gants en latex, saisi le fusil sur le râtelier du salon puis tiré sur tous les membres de sa famille, les uns après les autres.

L'adolescent quitte ensuite la maison avec un sac contenant du linge et des objets de valeur. Il n'est retrouvé que la nuit suivante par l'un de ses oncles sur une plage des environs, choqué, pieds nus et en short. Aux gendarmes, il raconte avoir tué sa famille.

Toute une batterie d'experts s'est penchée sur le cas d'Andy et tous le jugent dangereux. Une majorité considère aussi qu'il n'est pas responsable pénalement car son discernement était aboli au moment des faits. Mais il ressort néanmoins des expertises qu'Andy était partiellement conscient de ses actes et donc capable d'être jugé.

"Un état second"

la maison de la famille d'Andy, en Corse

© REUTERS

Pour son avocate, Me Romina Cresci, ce geste qu'Andy ne parvient toujours à expliquer est dû à une pulsion incontrôlable. "C'est un scénario inconscient, un peu comme un poisson rouge dans un bocal, on est pris par une force irrésistible, pour vulgariser, on va dire un état second", explique-t-elle à Europe 1. "Il ne faut pas attendre qu'il exprime du regret de la même manière qu'une personne normalement constituée psychiquement", prévient l'avocate. "Il a exprimé un désir de se reconstruire, mais il faut le voir comme un mécanisme de survie", ajoute-t-elle.

Les parties civiles, les grands-parents, oncles et tantes d'Andy, ne souhaitent pas "l'écraser" ni "l'enfoncer", selon leur avocate. "Ils souhaitent simplement qu'il s'exprime davantage, parce que lors de l'instruction, il n'a pas répondu aux questions", explique Me Alija Fazaï au micro d'Europe 1. "Il y a un risque de récidive, ils y sont très attentifs à ce risque, mais ils seront quand même assez dignes, légèrement en retrait", poursuit-elle.

Il ne reçoit aucune visite en prison

Andy a obtenu son baccalauréat avec mention par correspondance en 2011. Il est désormais étudiant en médecine et souhaite devenir dentiste. En dehors de ses avocats, le jeune homme ne reçoit aucune visite dans la prison de Borgo où il est incarcéré. Lundi, il va revoir pour la première fois ses proches, qui semblent l'avoir totalement exclu de leur vie, à l'image de sa grand-mère, qui a effacé son visage sur toutes les photos de famille.