Air Cocaïne : pourquoi les deux pilotes ont-ils été escortés dès l'aube ?

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Air Cocaïne : pourquoi les deux pilotes ont-ils été escortés dès l'aube ?
@ AFP
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Les deux pilotes ayant fui la République dominicaine il y a une semaine, après y avoir été lourdement condamnés pour trafic de drogue, ont été placés en détention provisoire lundi.

"Il suffisait de leur donner un coup de fil et ils se présentaient (au juge)". Lundi, Me Eric Dupond-Moretti, n'a pas manqué de réagir, sur Europe 1, après que son client Bruno Odos a fait l'objet, avec le pilote Pascal Fauret, d'un mandat d'amener délivré par la juge qui instruit le volet français de l'affaire Air Cocaïne. 

Escortés par les gendarmes devant un juge. Les promesses des deux pilotes n'ont visiblement pas attendri la magistrate marseillaise, chargée du volet français de l'enquête. Lundi matin, les gendarmes se sont présentés aux domiciles de Pascal Fauret, 55 ans, dans la banlieue de Lyon, et de Bruno Odos, 56 ans, en Isère. Les deux pilotes du Falcon 50, où 680kg de cocaïne avaient été retrouvés, ont ensuite été escortés par la gendarmerie pour être présentés à la justice, dans le cadre de la mise en œuvre de ce mandat d'amener.

"Ils ont dit qu'ils étaient à la disposition du juge". Pascal Fauret et Bruno Odos étaient rentrés en France il y a un peu plus d'une semaine, après avoir fui la République dominicaine dont ils avaient interdiction de quitter le territoire. Ils avaient été condamnés à 20 ans de réclusion pour trafic de drogue, en août dernier lors de leur procès devant le tribunal de Saint-Domingue.

A leur retour, ils avaient déclaré vouloir être entendus par la juge rapidement. "Ils ont été condamnés à 20 ans dans des conditions absolument stupéfiantes, c'est le cas de le dire. Ils sont revenus en France et ils ont dit qu'ils étaient à la disposition du juge", a déploré Me Dupond-Moretti, sur Europe 1.

Un mandat d'amener à dimension symbolique. Mais avec le choix de cette procédure, la juge d'instruction a symboliquement démontré, lundi matin, que la patronne dans cette enquête, c'est elle. Que c'est elle, qui, il y a deux ans, s'est rendue en République dominicaine, pour mettre en examen Bruno Odos et Pascal Fauret. Dans ce volet marseillais, dix personnes sont d'ailleurs mises en examen, notamment pour importation de stupéfiants en bande organisée, dont Pascal Fauret et Bruno Odos. 

Vendredi, la magistrate marseillaise a donc remis aux gendarmes un mandat d'amener, ordre donc de lui présenter les deux pilotes au plus vite. Cet ordre a été motivé, selon nos informations, notamment parce que les deux hommes n'avaient laissé comme adresse que celle de leurs avocats.

Des consignes de courtoisie. La juge avait toutefois donné des consignes de courtoisie. C'est la raison pour laquelle les gendarmes n'avaient prévu d'aller chercher Bruno Odos et Pascal Fauret, non pas en tambourinant à la porte à 6 heures du matin, lundi, mais plutôt sur les coups de 8 heures, en douceur.

Sauf que les choses se sont accélérées sur les coups de 5 heures, lundi matin. Bruno Odos a en effet a quitté son domicile, en voiture pour se rendre, semble-t-il à Paris. Les gendarmes l'ont donc intercepté sur la route, un peu plus loin. Quant à Pascal Fauret, les enquêteurs ont profité du départ de sa femme et des enfants pour aller sonner à sa porte, vers 7 heures et demi.

"C'est traumatisant". Une méthode révoltante pour son épouse, Sabine : "C'est traumatisant. D'autant que l'on avait bien prévenu la juge d'instruction, via les avocats, que nous attendions surtout une convocation, que ce n'était pas la peine de déployer autant de moyens pour des gens qui sont à la disposition de la justice. J'espérais trouver en France un petit peu de répit avec mon mari, avec une justice... on va dire, avec une justice plus digne. Peut-être qu'elle (ndlr ; la juge) n'avait pas d'autres moyens, mais j'en doute", a-t-elle pointé au micro d'Europe 1.

La nuit sous les verrous. Tous deux ont été conduits au tribunal le plus proche : Grenoble pour Bruno Odos et Lyon pour Pascal Fauret. Ils ont d'abord été présentés chacun à un juge des libertés et de la détention (JLD), une pure question de procédure, parce que les pilotes habitent à plus de 200 kilomètres de Marseille où est conduite l'enquête.

Puis, ils ont été placés en détention provisoire, en attendant d'être présentés à la juge d'instruction. Bruno Odos devrait être conduit, très tôt mardi matin, à Marseille. Quant à Pascal Fauret, il pourrait être entendu, lui, mercredi, et donc passer deux nuits en prison.