Affaire Pichon : la lettre qui accuse

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Affaire Pichon : la lettre qui accuse
@ EUROPE 1
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EXCLU - Un haut fonctionnaire accuse Beauvau d'avoir entravé la carrière de ce policier.

En 2008, Philippe Pichon était suspendu pour avoir fait fuiter dans la presse les fiches Stic (système de traitement des infractions constatées) de la police sur Johnny Hallyday et Jamel Debbouze. Son but : montrer que ces fiches étaient obsolètes et dénoncer les dérives du plus grand fichier de police. Aujourd'hui, dans une lettre que s'est procurée Europe 1, un haut fonctionnaire laisse entendre que l'ancien commandant de police aurait été mis à la retraite pour des raisons politiques.

>> DOC E1 - La lettre qui accuse

"C'est un policier dérangeant"

Dans une lettre de six pages, celui-ci met en cause la hiérarchie policière dans l'affaire Pichon. Documents à l'appui, il démontre que les services du ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, ont entravé la carrière de Philippe Pichon.

"Mon client a été fliqué, contrôlé, surveillé, au plus haut niveau, depuis des années. Cette surveillance est en lien avec le fait que Philippe Pichon est un policier exemplaire, avec une grande exigence de citoyenneté, résistant à toutes les formes d'omerta. C'est un policier dérangeant, nécessaire pour la démocratie", résume son avocat, Me William Bourdon, interrogé par Europe 1.

Pendant les dix dernières années de sa carrière, l'ancien commandant aurait fait l'objet de fausses procédures disciplinaires à son insu."Les fautes professionnelles qui semblaient avoir été reprochées à M. Pichon n'avaient manifestement jamais été établies à son encontre", assure aujourd'hui la lettre anonyme dont Europe 1 a eu une copie.

Objectif de ces fausses procédures : préparer l'éventuelle suspension de Philippe Pichon. Le haut fonctionnaire à l'origine de la lettre assure d'ailleurs que le conseil de discipline devant statuer sur la mise à le retraite d'office de l'ancien commandant "s'est joué en coulisses et M. Pichon a très largement été sanctionné sur la base de sa réputation d'officier atypique."

Une plainte déposée pour "faux en écriture"

Le parcours de Philippe Pichon semble en effet sans tâche. Bien noté par sa hiérarchie, il fait ses débuts à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Également passé par Saint-Tropez, puis devenu commandant de police à Coulommiers, en Seine-et-Marne, l'ancien étudiant en lettres modernes préside aussi l'Association des poètes de la police.

En 2008, après avoir tenté, en vain, d'alerter sa hiérarchie sur le caractère obsolète de nombreuses fiches Stic, il choisit de passer par les médias pour le faire savoir autrement. Aujourd'hui, en vif conflit avec le ministère de l'Intérieur, il a récemment déposé une plainte pour "faux en écritures publiques" par "dépositaires de l'autorité publique" et "violation du secret de l'enquête et de l'instruction". Selon son avocat, l'IGPN (l'inspection générale de la police nationale) aurait fabriqué de faux procès verbaux administratifs par copié collé avec les PV de l'enquête judiciaire. Ce procédé est strictement interdit et passible de 15 ans de réclusion criminelle.

La plainte a été déposée auprès du doyen des juges d'instruction du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris. Sur le plan pénal, Philippe Pichon n'a toujours pas été jugé. Son procès doit se tenir le 13 septembre 2013.